ALAIN TIMAR MONTE UBU ROI AU THEATRE DES HALLES


C’est à une relecture carrée et vivace de l’éternel Ubu que nous convie Alain Timar. Une œuvre dont la puissance burlesque et cruelle n’est plus à démontrer et qui ici, prend une coloration résolument contemporaine, faisant écho à l’actualité politique la plus récente. Un Ubu multiple, polymorphe, interprété comme les autres rôles par des acteurs pluriels et interchangeables, dans une mise en scène au cordeau qui constitue la marque de fabrique de Timar. La scénographie simplissime, le jeu loufoque des acteurs, en font un pur moment de théâtre, restituant avec justesse le plaisir et la puissance de ce grand classique.

Certes, monter Ubu ne semble guère particulièrement audacieux en cette année du centenaire de sa mort, mais il est vrai que cette vraie matière à théâtre est une pâte infinie, et tout metteur digne de ce nom prendra un plaisir immense à la retravailler, la mixer, la tordre car elle est, de facto, faite pour cela : une argile parfaitement ductile et malléable, propre à servir la plasticité du théâtre, doublée d’une modernité de bon aloi, que personne ne contestera.

Mais monter Ubu, une énième fois, constitue également un challenge passionnant, à n’en pas douter. Et quand c’est Timar qui s’y atèle, trimballant avec lui toute l’idée qu’il se fait du théâtre, on sent bien qu’il faudra alors se coltiner avec la rigueur quasi monacale d’un metteur en scène qui, visiblement, construit ses réalisations comme s’il s’agissait d’une partie de dames, avec la même science de l’avancement et l’implacable machinerie de la manoeuvre. Chez lui, Ubu est certes le père Ubu, dérisoire marionnette pris dans les rets de l’illusion que manoeuvre une diabolique mère Ubu délicieusement immorale. Mais il est, plus que cela, l’hypertrophie du corniaud et de la bêtise pure, l’acmé de l’avidité, de la paresse intellectuelle et du goût immodéré de la paillette. On ne manquera évidemment pas de faire le parallèle avec un certain pèresident hyperprésent et omniscient…

Merdre, merdre et cornegidouille, le pouvoir ainsi ne conduirait qu’à cette soif d’apparat et l’usage addictif de la mauvaise foi ? Cette fable qui hélas n’en est pas une tant elle évoque de situations parfaitement réelles n’est pas particulièrement bien écrite ni construite. Mais sa force est de se prêter à tous les délires, et pour peu que l’on ait une petite idée de théâtre, elle est la matière rêvée à l’invention d’un metteur et à son laboratoire d’atelier. Timar ici s’en donne à coeur-joie : usant d’une scénographie rigoureuse, un ring central, des rouleaux de papier rotative qui feront ventres, culs, formes difformes des acteurs ainsi que costumes, tas et montagne, accessoires divers et ballet de papier, voici qui cadre d’emblée la pièce dans une modernité vertueuse. Puis, une direction d’acteur au cordeau, imaginative, parfaitement chorégraphiée et voilà que la magie opère.

A cela, rajoutons la maîtrise des comédiens, particulièrement Paul Camus et Marie-Charlotte Blais, mais les autres sont excellents aussi, une bonne idée d’utilisation instrumentale, trombones, cors et tubas accrochés comme des frusques aux cintres sur les côtés du ring, les changements à vue, l’utilisation indifférenciée des comédiens pour le même rôle et on obtient une pièce d’une grande fluidité, plastiquement irréprochable, et toujours très drôle.

Une belle réussite, malgré quelques tics convenus et la faiblesse parfois évidente du texte, mais comme les ububerlus pourraient nous le dire : après tout, merdre et merdre encore…

Marc Roudier
Vu au Théâtre des Halles, Avignon, avril 2010

 

 

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