DOPO LA BATTAGLIA / PIPPO DELBONO AU ROND-POINT


Après la Bataille (Dopo la Battaglia) / mise en scène Pippo Delbono / Théâtre du Rond-Point.

« Pour ce spectacle j’ai pensé à un lieu vide, comme cette pièce vide, mémoire des horreurs passées, qui, cependant, portent encore les signes, les couleurs, les odeurs des prisons. Mais, j’ai aussi pensé à l’esprit vide, après le cri de la passion, de l’amour, de la rage, de la douleur. Un besoin de lucidité après la folie. »
Pippo Delbono

Pippo Delbono et ses monstres. Sur le plateau du Rond Point, des créatures extraordinaires défilent pendant deux heures. Bienvenus dans l’imaginaire de Pippo Delbono, un carnaval nourri d’une culture enracinée dans sa terre natale, l’Italie. Dès le début, il en plante le décor, celui d’un monde où sont réunis le politicien, le cardinal, et la famille bourgeoise, les trois figures tutélaires du pouvoir à l’italienne. Derrière cette scène statique, une image projetée sur le mur de fond fait office de surtitre : Bruno Vespa, figure clé de la télévision de Silvio Berlusconi, prend son hostie, à genoux, dans une église.

“Dopo la battaglia” est une drôle d’incursion dans un monde en décadence, détruit par l’empire de la télévision, noyé dans l’inertie culturelle et sociale et dans un système politique à la dérive. Tout cela prend finalement la forme d’une tragicomédie, d’un pastiche de poèmes de Pasolini et d’Alda Merini, du procès de Kafka, de souvenirs de Pina Bausch, de rencontres avec des êtres exclus par le corps social, de dialogues entre une mère et un fils, d’une vidéo avec des clandestins sur des canots, d’une musique de violons, ou encore de danses désarticulées. La poésie rencontrant le chaos, une espèce de dérision s’impose : les sujets initialement tragiques de Pippo Delbono acquièrent finalement une légèreté contrecarrant leur férocité.

Enfin, on trouve une incitation à la révolte poétique et politique au théâtre. Comme un magicien Pippo Delbono a été capable de maîtriser la scène et de la rendre hypnotique: la danse, le théâtre, et la musique s’hybrident à merveille. Peut-être cette pièce peut-elle sembler grossière, trop intimiste, trop italienne mais, à n’en pas douter, il y a sur la scène une vitalité et une beauté rare. Cette pièce parle à tous et accède à l’universel.

Camilla Pizzichillo

Dopo la battaglia (Après la bataille) / Pippo Delbono / du 17 janvier au 29 janvier 2012 / Théâtre du Rond Point.

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