MILAN : CAPITALE D’UN NORD CULTUREL ET EPICENTRE DE LA CREATION ARTISTIQUE

DOSSIER : Focus sur la métropole milanaise et ses voisines du Nord.

La capitale lombarde n’est pas qu’un hot spot de la mode internationale ou un carrefour de la finance, fort heureusement. Milan, ville méconnue, souvent mal-aimée, s’avère également un haut-lieu de la culture, avec son Teatro alla Scala, bien sûr, mais aussi ses nombreuses expositions prestigieuses et ses galeries d’art internationales.

Réduire cette ville à son abord difficile, son architecture froide et son climat glacial serait un peu court. Certes, la capitale économique de l’Italie présente une vitrine plutôt rédhibitoire au premier contact : ses vieilles bourgeoises lookées Prada, ridicules avec leur sac invariablement Vuitton -vrais ceux-là- et leurs fourrures léopardées (authentiques hélas elles aussi), qui arpentent le quartier de la mode en quête d’un énième achat de mauvais goût mais hors de prix, ce qui peut-être enfin les distraiera de leur monotone et vide existence, ou la concentration inouïe de berlines de luxe qui envahissent le vieux centre de Brera au volant desquelles plastronnent d’austères avocati ou d’orgueilleux cavaliere de la finance ou de l’industrie, tout cela n’est pas vraiment pour attirer le touriste culturel en quête d’émotion artistique ou de beauté architecturale.

Certes, la métropole lombarde, qui fut longtemps le fief de Berlusconi, est passée à gauche aux dernières municipales, signe des temps. Mais subsiste cette collusion de plus en plus fréquente entre les capitaines de la finance et la Mafia, qui a depuis longtemps déjà trouvé d’autres terrains de jeux que sa natale Sicile, plus légaux et bien plus lucratifs. Bref, Milan est complexe et paradoxale, capable d’une austérité qui confine à la psychose comme d’une exubérance totalement kitsch : il suffit d’aller visiter son cimetière délirant, le plus grand d’Europe, avec sa multitude de mausolées dignes d’un empereur romain, ornés de "sculptures" hallucinantes de gigantisme et de mauvais goût. Il Monumentale, le bien nommé, est un truc à voir absolument. Milan a un sens de la beauté parfois très surprenant…

D’ailleurs, disons-le carrément, la ville n’est pas belle. Grandes avenues glacées où s’agite une foule de nouveaux riches en Armani, façades grises et sans âme d’hôtels particuliers qui s’ils sont luxueux, respirent ce puritanisme de bon ton qui convient à la mentalité milanaise, rien n’est vraiment séduisant dans cette métropole argentée. A l’exception de Brera justement -le quartier branché de la Pinacothèque et des Beaux-Arts- et en prenant soin de fuir l’incontournable place du Duomo et de sa célèbre galerie Emmanuelle IV, haut-lieux du tourisme de masse, il est difficile de dénicher un quartier sympathique et populaire dans lequel se sentir en convivialité. D’autant qu’à l’instar de sa soeur turinoise, Milan est humide et froide, son climat détestable, la vie chère. Même la légendaire Scala est moche, avec sa façade de mauvais bâtiment administratif.

Restent les Navigli, célèbres canaux tout aussi humides conçus par Da Vinci et autour desquels la jeunesse dorée milanaise a installé ses quartiers. De même que les artistes et autres bobos de l’intelligentsia qui fréquentent ses bars à vin plutôt sympathiques et les quelques très bonnes tables qui font honneur à l’excellente cuisine milanaise. Bref, les Navigli sont incontournables le soir -seulement, car désertés la journée- et donnent un peu le pouls de la dolce vita milanaise.

UNE CAPITALE CULTURELLE ET INTELLECTUELLE

Mais Milan a d’autres atouts, culturels ceux là. Fin décembre et en janvier, trois grandes expositions illuminaient la ville : les superbes installations d’Anish Kapoor, bien sûr, avec ce "Dirty Corner" spectaculaire installé dans l’ancien dépôt des trams (cf notre article), la première rétrospective Mapplethorpe et l’exposition-événement sur Transavanguardia de Cucchi et autres Chia ou Clemente, dédiée au regretté Achille Bonito Oliva, donnaient le La d’une activité culturelle digne d’une grande métropole (lire également nos compte-rendus).

Et puis, depuis 2010, Il y a cet incroyable pied-de-nez de Maurizio Cattelan qui orne la place de la Bourse, au coeur du centre financier de cette "City" alla milanese où abondent les sièges de grandes banques et de multinationales, et qui est un véritable appel d’air frais, son doigt levé de marbre blanc semblant défier la cité entière, et particulièrement les faiseurs du Marché et leurs exécrables zélateurs du capitalisme sauvage. Cattelan n’aurait pu choisir lieux plus symboliques que ce bâtiment emblématique d’une ville qui ne vit que par et pour le fric, fiché sur cette minuscule place de la Bourse, presque cachée des grandes artères, comme s’il était honteux de la fréquenter : car à Milan, Monsieur, on n’étale pas, on reste discret. Le vrai chic milanais, quoi… En tout cas, la sculpture du Maurizio est un truc énorme à ne surtout pas louper (Cf notre article et la vidéo de l’inauguration).

Question Théâtre, hormis évidemment la programmation de la plus belle scène d’Opera du monde, La Scala pour ne pas la nommer, le Piccolo Teatro de Giorgio Strelher a eu ses jours de gloire dans les années 70 et continue d’afficher une santé insolente. De nombreuses scènes contemporaines pour la danse comme pour le théâtre animent la ville, et il ne faut pas oublier l’intense activité éditoriale de Milan, qui compte un grand nombre de sièges de journaux et de revues de la péninsule. A commencer par de célèbres magazines comme Flash Art par exemple, ainsi qu’une multitude d’éditeurs prestigieux. Bref, Milan a plus d’un atout, et elle est devenue en quelques décennies la capitale intellectuelle du pays, au détriment de sa vieille rivale Rome, de plus en plus délaissée. Son université, ses bibliothèques, archives et musées, ses nombreuses librairies et ses galeries d’art internationales (Christian Stein, Lia Rumma, Massimo di Carlo…), ses centres d’art (PAC Padiglione Arte Contemporanea, Fondazione Forma, Fondazione Prada…), sa foire d’art contemporain et sa fameuse Triennale, jusqu’au foisonnement créatif internationalement reconnu dont elle fait montre en matière de design et d’architecture en font un centre réellement attractif.

L’EPICENTRE D’UN NORD CREATIF ET DYNAMIQUE

Car Milan, effectivement, offre de surcroît son excellente position géographique, idéalement placée au centre d’un triangle Turin, Bologne et Gênes. Turin, bien plus avant-gardiste que sa soeur ennemie, fut le berceau de l’Arte Povera et continue de manifester une intense activité culturelle, à travers ses festivals comme Le Colline ou Prospettiva (cf notre article), son centre d’art Castello Di Rivoli et encore ses nombreuses scènes émergentes et ses galeries très pointues. Il y fait aussi glacial qu’à Milan, l’architecture y est tout autant prétentieuse et la vie également hors-de-prix, mais l’ex capitale de la Fiat a su se reconvertir brillamment dans la culture, au point de supplanter parfois en attractivité ses vieilles rivales romaine et milanaise.

Quant à Bologne, le berceau de la plus vieille université d’Europe est également une cité intellectuelle, où il fait bon vivre sous les arcades. La vie étudiante est conforme à cette ville à taille humaine, que de nombreuses librairies savent retenir sous ses briques Renaissance. Bologne possède également une foire d’art, qui vient de s’achever en janvier, un musée d’art contemporain (MAMBO), et suffisamment d’activité artistique pour satisfaire ses voisins milanais en quête de douceur de vivre et de gastronomie. Enfin, Gênes, ville verticale, reste l’un des plus beaux (et des plus grands) centre-villes médiévaux et Renaissance d’Europe, avec ses nombreux palais décrépis, ses ruelles hantées de trattorie, son ouverture sur la mer ainsi qu’un côté canaille assumé qui lui confèrent un petit air de Marseille, ce qui n’est pas désagréable dans ce Nord tout de même très bourgeois et conformiste. Bref, un petit tour à Milan et sa région, histoire de recharger ses batteries et côtoyer l’effervescence culturelle italienne, est tout à fait recommandé.

Marc Roudier

A LIRE : LA SUITE DE NOTRE DOSSIER :
- Anish Kapoor "Dirty Corner" : http://wp.me/p1JWTy-Px
- Retrospective Robert Mapplethorpe : http://wp.me/p1JWTy-YX
- Transavanguardia à Milan : http://wp.me/p1JWTy-10o
- Maurizio Cattelan / Bourse de Milan : http://wp.me/p1JWTy-10o

ET AUSSI :
- Festival Prospettiva Turin : http://wp.me/p1JWTy-EK


La façade "administrative" de la célèbre Scala.


Il Naviglio grande.


Les fameux Navigli.


L’intérieur du Teatro alla Scala.

LES LIEUX :
La Scala : http://www.teatroallascala.org/en/index.html
Fondazione PRADA : http://fondazioneprada.org/
Fondazione FORMA : http://www.formafoto.it/
PAC : http://www.comune.milano.it/
Galerie Lia Rumma : http://www.liarumma.it/
Galerie Massimo Di Carlo : http://www.massimodecarlo.it/Site/index.html
Galerie Christian Stein : http://www.christiansteinedizioni.com/flash/index_ita.html
Castello Di Rivoli : http://wp.me/p1JWTy-EK
MAMBO (Musée de Bologna) : http://www.mambo-bologna.org/

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