DANSE, DANSE, DANSE ! « EXECUTIONS » : HERMAN DIEPHUIS, JULIE GUIBERT

« Exécutions » : Herman Diephuis, Julie Guibert / Centre Pompidou.

De la danse, et rien que de la danse dans la Grande Salle du Centre Pompidou qui accueille, en parallèle de l’exposition toujours actuelle Danser sa vie, une œuvre chorégraphique d’Herman Diephuis, avec Julie Guibert pour interprète et inspiratrice. Créé en 2011, ce solo réunit à nouveau les deux artistes qui avaient déjà collaboré sur Ciao Bella, précédent spectacle du chorégraphe. Ils se retrouvent autour de ce solo venu à point nommé : Exécutions.

On y explore l’énergie du mouvement, la matière corps dans ses états de tension, de relâchement, de suspension et de chute. Négociations corporelles avec les lois physiques de l’attraction, dans une répétition de phrases qui se suivent, se mêlent, s’imbriquent. Mise en mouvement par Herman Diephuis, à l’écoute parfaite des fluctuations de cet état de danse, cette maîtresse de la danse dompte son corps par tous les pores et envoûte son public de tous ses charmes. Equation parfaite de l’effort, de la maîtrise, et du don de soi.

Entrée soignée dans une diagonale des coulisses au carré blanc, telle une gymnaste sur son tapis de sol que l’on croyait voir, c’est une toute autre athlète qui entre dans la lumière, pas à pas. Un physique androgyne au regard captivant actionne ses membres dans une marche quotidienne avec une tenue impeccable. La chorégraphie naît peu à peu, d’un mouvement qui récidive, se renouvelle et fait naître un nouveau mouvement qui se mêle et se renouvelle et ainsi de suite. Cela aurait pu continuer à l’infini avec plus de ressources sonores au coeur de cette exploration des genres. Pour ma part, je fais le choix du jazz pour la chorégraphie puisqu’on a le choix.

Etiré ou raccourci, le temps se modèle dans les flux de cette énergie volcanique que Julie Guibert met en œuvre de bataille. Dans la lenteur ou les accents de sa danse, l’amazone concentre son énergie vers une intention, puis une autre. Elle développe sous nos yeux la beauté du geste et de la teneur expressive qu’il contient. Le regard fixe, à l’objectif lointain qui parcourt devant nous les étages de la gravité, elle agit ainsi sur l’espace qu’elle traverse, à la seule force de son centre, dirigé au-delà de ses membres actifs.

Le temps se mesure lorsqu’elle sort du cadre de la représentation éclairée, que son énergie se retire avec son corps tout entier, tendu vers cette extériorité du mouvement libre, lié, avec une attention régulière et singulière. Embellie par un traitement scénique sobre et une chorégraphie saine, se déploient ici les armes du yoga. Instaurant la respiration dans le mouvement, la danseuse offre des postures à la fois maîtrisées et émouvantes.

Le corps est traité en tant qu’élément malléable dans ses limites, se jouant de sa propre nature, dans un environnement artistique dépouillé qui offre à la vue ce vide, vide que la danseuse laisse quand elle se retire dans l’obscurité. Rien que cela, et la danse est infiniment présence.

Audrey Chazelle

« Exécutions », Herman Diephuis, Julie Guibert, a été donné du 21 au 23 mars 2012 au Centre Pompidou, Grande Salle, autour de l’exposition « Danser sa vie ».

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