DER MENSCHENFEIND : IVO VAN HOVE FAIT SON MISANTHROPE VERSION 3G

Der Menschenfeind [Le Misanthrope] / Mise en scène Ivo van Hove / d’après Molière / Ateliers Berthier – Théâtre de l’Odeon / jusqu’au 1er avril 2012. En allemand surtitré.

"Le misanthrope est homme: il faut donc bien que l’humaniste soit misanthrope en quelque mesure. Mais c’est un misanthrope scientifique, qui a su doser sa haine, qui ne hait d’abord les hommes que pour mieux pouvoir ensuite les aimer." Sartre, La Nausée.

Ivo van Hove met en scène sa version du Misanthrope aux ateliers Berthier. Il nous présente un Misanthrope modernisé façon Apple : Oronte lit un poème depuis son Ipad, Alceste et Celimene se délectent avec leur Iphone… Bien que tout commence dans une atmosphère minimaliste et aseptisée, comme dans un loft ultra-moderne, le chaos ne tarde pas à arriver.

Et c’est bien évidement Alceste, notre misanthrope contemporain, qui en est le moteur. Il se présente comme un homme partagé entre son mépris pour le vice, la pourriture de la société et le désir qu’il éprouve pour la belle Célimène. Elle, en revanche, est une femme libérée avec une sociabilité extravertie, entourée par plusieurs amants, et qui est toujours prête à donner son corps avec joie. Elle connait l’effet de son charme et n’hésite pas à l’utiliser pour obtenir ce qu’elle veut. Amoureuse d’Alceste, elle ne veut toutefois pas, dans la fleur de l’âge, renoncer à des amours parallèles.

Le travail d’Ivo van Hove est particulièrement original pour deux raisons : d’un côté du fait de cette transposition d’Alceste en un être contemporain et, d’un autre, par la transformation d’un texte classique en une pièce trash et féroce. Alceste, ainsi ancré dans le monde moderne, exprime sa misanthropie à l’égard de notre société, et non pas celle datant de plus de trois siècles. Parce qu’il n’accepte pas la “bénévole dissimulation” des hommes, il se laisse progressivement glisser vers la déchéance et l’indignité : il finit par s’enfoncer des saucisses viennoises dans le rectum, et par balader des poubelles avant de s’y jeter dedans.

D’un point de vue de la mise en scène, on note clairement une gestion cyclique de la tension, particulièrement réussie : les scènes sont jouées souvent placidement, avec une montée progressive en tension jusqu’à une détonation suivie… d’un retour au calme. Un autre aspect marquant est l’utilisation de la vidéo. Ici, elle ne fait pas office, comme souvent au théâtre, de gadget, mais s’intègre pleinement dans le jeu des acteurs. Leur contenu est une matérialisation de l’imaginaire des différents personnages, ce qui densifie, complexifie les personnages.

Enfin, la pièce est bien desservie par le jeu d’acteurs impressionnants : le couple formé par Lars Eidinger (Alceste) et Judith Rosmair incarne notamment très bien le désir qui traverse les protagonistes.

Camilla Pizzichillo

Der Menschenfeind [Le Misanthrope] de Molière. Mise en scène de Ivo van Hove. Ateliers Berthier (théâtre de l’Odeon), du 27 mars au 1er avril 2012. En allemand surtitré.

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