RUSSEL MALIPHANT / LE PROJET RODIN

DANSE : le Projet Rodin / Russel Maliphant / En tournée.

Fasciné par l’œuvre de Rodin depuis longtemps, puisqu’il déclare qu’elle a toujours influencé son travail Russel Maliphant se lance aujourd’hui dans un Projet Rodin dans lequel il tente de restituer le mouvement qui avait été figé dans la pierre.

Rodin s’est passionné pour la danse. Il a capturé l’éclat de cette vie des corps. C’est sans doute de ce rapport particulier au mouvement que provient la sensualité de ses œuvres, toutes en force et en fragilité. Il faisait danser ses modèles pour traduire l’élan du geste ; aujourd’hui, le chorégraphe Russel Maliphant fait le chemin inverse. Il part de ses dessins et de ses sculptures pour retrouver le mouvement qui l’anime.

Adepte du Taï-chi et du Yoga, Maliphant a une patte bien à lui. Il travaille sur le contact et l’équilibre des poids entre les danseurs, toujours avec douceur et précision. Sa démarche est essentiellement esthétique. Il recherche le beau, l’harmonie, l’apesanteur.

Pour ce Projet Rodin, le chorégraphe a choisi de s’attacher à la gestuelle Hip hop, pour l’énergie physique qu’elle dégage et parce que, semblable en cela a une sculpture, elle est faite pour être regardée sous plusieurs faces. Sa danse, édifiée autour du corps, exécutée comme au ralenti, veut rendre la grâce et l’énergie des mouvements figés par la statuaire, à travers des formes toujours fluides, caractéristiques de son univers.

Ce spectacle nous parle de recherche dans le mouvement, de poses successives, du va-et-vient, d’une attitude à l’autre, du modèle sous le regard de l’artiste. Le fil est abstrait. Pas de narration ici mais plutôt une série de tableaux, d’images.

Dans la première partie, dont le décor figure un atelier envahi de draps, images d’Antiquité, les danseurs se détachent progressivement du fond par un jeu de lumière très fin, qui organise l’espace au fil des drapés déplacés. L’atelier s’éveille lentement. De tout petits gestes pour commencer, esquissés. On se prépare, on tente les premières poses, pour voir. On s’enroule, on se déroule, on écarte les draps. Mouvements arrondis, bras en couronne ou qui serpentent. Peu à peu, les compositions se font collectives, mais la lenteur reste de mise, malgré la tension musicale qui monte. Les danseurs sont très beaux, de magnifiques modèles, un peu lisses peut-être. Même les scènes de lutte sont montrées sans violence, dans une maîtrise contenue. Tout est équilibré.

Et les poses succèdent aux poses, les tableaux aux tableaux. Rien n’évolue ni ne progresse durant tout ce premier acte, dédié aux aquarelles de Rodin, qui s’avère finalement assez ennuyeux malgré sa qualité esthétique.

La deuxième partie est plus vive, plus colorée. Les mouvements prennent enfin de l’ampleur. Les corps retrouvent une certaine vie, une forme d’expression moins désincarnée. L’univers se fait aussi plus contemporain, les costumes et les gestes plus urbains. Dans un décor fait de plans diversement inclinés, qui modifient l’orientation des formes, les danseurs se touchent, se manipulent. Le mouvement est souvent imposé par le corps de l’autre. Le modèle devient objet auquel on donne sa forme. La chorégraphie sculpte les tensions et les torsions. Portés enchevêtrés, jeux de poids et de contrepoids, chutes lentes, sensualité du corps-à-corps. On ne sait plus qui façonne qui dans cette composition en trois dimensions, ou la pierre rendue vivante, suspendue à un mur, retrouve son apparente légèreté.

Comme dans la première partie, les danseuses semblent sous-utilisées. Il faut dire que le corps tient une grande place dans le choix des danseurs masculins. Muscles saillants, luisants de transpiration, ils « sont », au-delà de la danse, des statues de Rodin. C’est moins le cas pour les danseuses, plus frêles et en même temps dépourvues de la douceur des courbes des femmes de Rodin.

Ce choix de corps sculpturaux est encore renforcé par le magnifique travail de Michael Hulls aux lumières, qui révèle les corps, le grain lisse de la peau, la courbe des muscles, le détail d’une mèche de cheveu échappée d’un chignon haut. La lumière souligne les reliefs ou s’attache à des objets précis. Ainsi ses mains, dont les corps sont dissous dans la pénombre, qui se disposent dans l’espace comme sur une page de croquis, ou encore les effets stroboscopiques du final, qui offrent une décomposition du mouvement, le ramenant à l’immobilité de la pierre.

Ce spectacle offre de beaux moments, mais certaines longueurs aussi. Il n’est qu’esthétique, un peu creux, sans vie, sans émotion et l’on regrette de ne pas retrouver la vivacité de Rodin, le souffle intérieur qui porte ses œuvres.

Maya Miquel-Garcia

prochaines dates : Sceaux, les 11 et 12 mai, au Théâtre des Gémeaux.

Site de la compagnie: http://www.rmcompany.co.uk/
Le spectacle est visible intégralement ici : http://liveweb.arte.tv/fr/video/Russell_Maliphant_presente_Le_Projet_Rodin_au_Theatre_de_Chaillot/

Photos Charlotte MacMillan
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