OH LES BEAUX JOURS : VOUS AVEZ DIT FROTISSIME ?

Oh Les beaux jours / Samuel Beckett / Avec Catherine Frot / Mise en scène Marc Paquien. En tournée.

Frotissime en a dit le critique Antoine Guillot dans « La Dispute » sur France Culture. Effectivement, l’actrice est frotissime : on reconnaît ce regard, ces joues, cette intonation entre mille. Tout comme Partice fait des Lucchineries, Arditi se plagie lui-même, Catherine est frotissime.

Oh les beaux jours est une pièce qui divise bien plus qu’elle ne rassemble. Elle divise le public (certains quittent la salle au bout de vingt minutes, d’autres soufflent et baillent, les plus jeunes pépient et font sonner leurs téléphones) et depuis quelques années, Samuel Beckett (et particulièrement cette pièce) divise aussi les critiques qui sont nombreux, 23 ans après la mort du prix Nobel, à remettre en question le génie de cette pièce.

La pièce décrit un moment dans la vie de Winnie, personnage mythique du théâtre contemporain, car elle a la particularité d’être enfermée jusqu’au buste dans un « mamelon ». Dans la seconde partie du spectacle, elle sera même enfermée jusqu’au cou. Beaucoup de choses passent donc dans le travail de la voix et la vivacité du visage. Ce spectacle fut monté plusieurs fois depuis sa création en 1963 par une Madeleine Renaud finissante.

On aura beaucoup glosé sur les deux nouveautés : Catherine Frot est plus jeune que les précédentes interprètes (Mariliu Marini, Madeleine Marion…) et ce n’est pas un mamelon mais un huitre dans laquelle on renferme la perle Frot. Le décor monumental de Gérard Didier (comparse de Jean-Claude Fall, il a signé la majeure partie des scénographies de l’ancien directeur du CDN des 13Vents à Montpellier) est magnifiquement mis en valeur par les lumières toujours impeccables de Dominique Bruguière qui font rejaillir tous les différents aspects, toutes les aspérités du mollusque.

On en vient même à faire des comparatifs entre la coiffure frisotée de l’actrice et les formes ondulées du décor ! Malheureusement, le comparatif s’arrête là et le metteur en scène ne développe pas autant sa recherche que ne le fait la créatrice lumière. Certes, cette femme en train de devenir « un vieux style » mais qui le prend plus avec des airs d’auguste que de clown blanc a quelque chose de somptueusement touchant. Mais cela tient vraiment plus au charisme de l’actrice qu’au génie du metteur en scène.

Ce qui est fascinant dans un Beckett réussi, c’est de voir le cheminement de le pensée. Là, on ne sent pas les avancées du dialogue intérieur. Le texte est débité bien droit, comme le dentifrice sort de son tube, sans aspérités, sans irrégularités, sans pauses. « Ma tête est pleine de cris, de cris confus » nous dit le texte. Cette version scénique est un chant rôdé, certes très mélodieux et jouissif mais on n’entend absolument pas un cri intérieur, jamais.

Quand on en vient à préférer une huitre à Catherine Frot, quel malheur !

Bruno Paternot

En tournée :• Théâtre – Carcassonne : 1 rep. le 19 mai 2012
• Théâtre du Crochetan – Monthey : 1 rep. le 26 mai 2012
• Théâtre des Célestins – Lyon : 10 rep. du 30 mai au 9 juin 2012
• Théâtre – Villefranche/Saône : 2 rep. les 11 et 12 juin 2012
• CNCDC – Châteauvallon : 2 rep. les 15 et 16 juin 2012

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