"TEMPS" : UNE PETITE TRAGEDIE DE MOUAWAD

« Temps » de Wajdi Mouawad au Théâtre de Chaillot / Jusqu’au 25 mai 2012.

"Une écriture qui, pour renaître de ses cendres, doit trouver une manière de s’annihiler elle-même".
Wajdi Mouawad

Une autre pièce de Wajdi Mouawad sur les planches du théâtre de Chaillot : une fable dramatique qui semble un peu plus pâle que la retentissante mise en scène de Sophocle de l’année dernière.

Ses histoires sont toujours pleines d’un excès et d’un sentimentalisme loquace qui nouent la gorge du spectateur, mais cette fois,  malgré sa virtuosité à mélanger pathétique et violence parodiée,  le texte n’a ni force ni charge poétique, et les personnages sont dénués d’épaisseur. Apparemment l’idée d’une rupture est complètement assumée. Mouawad s’est mis en quête d’une nouvelle forme d’écriture qui se voudrait générée par l’inquiétude, et qui se débarrasserait de toute surveillance formelle: "L’écriture, au final, s’est avérée plus elliptique, plus abstraite, plus courte et moins lyrique que d’habitude, tout en demeurant reliée aux pulsions qui me traversent depuis Journée de noces chez les Cromagnons jusqu’à Ciels". Dommage que cette recherche ne soit pas aussi convaincante que les précédentes.

Il faut par contre reconnaître que la qualité de la mise en scène est sauve: un espace vide qui donne l’impression d’être catapultés à Fermont, une ville minière à la frontière du Labrador, dominée par des hivers féroces, des vents violents et des hordes de rats. Dans cette ville règne une atmosphère lourde comme si une catastrophe était sur le point d’arriver.  L’atmosphère, entre précaire et apocalyptique, est nourrie par les comédiens qui se baladent sur le plateau armés de fourrures et de fusils comme dans un vieux western. Un bémol toutefois au niveau de la rythmique: le spectateur n’a rien à découvrir, et, pendant toute la pièce, on attend quelque chose qui peine à arriver: la mort du bourreau bien-sûr!

Les thèmes de Temps sont typiques du théâtre de Mouawad: l’enfance, ses mystères et ses tragédies. Cette fois, le secret est connu d’emblée, la pièce commence par un vieux père mourant, illustre littéraire, grand poète dont tout le monde sait, à Frémont, qu’ il a violé sa propre fille, Noella, dès ses 5 ans. En l’apprenant, Jacky, sa première femme, s’est précipitée dans la forêt pour s’immoler. Quarante ans après les faits, Noëlla, désormais sourd-muette suite au traumatisme, a repris contact avec ses frères qui ignorent alors tout du viol. Son idée consiste à leur révéler son drame pour trouver, à travers leurs retrouvailles, la force de se venger.

Camilla Pizzichillo

« Temps » de Wajdi Mouawad au Théâtre de Chaillot / du 15 au 25 mai 2012.

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Comments
One Response to “"TEMPS" : UNE PETITE TRAGEDIE DE MOUAWAD”
  1. Un spectacle grotesque, sordide et profondément disgracieux. J’ai été consternée alors que j’attendais beaucoup. http://laisseparlerlesfilles.wordpress.com/2012/05/23/temps-de-wajdi-mouawad-au-theatre-de-chaillot-un-sous-festen-qui-laisse-de-marbre/

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