DAVID SCHER / AMERICAN GALLERY

Exposition DAVID SCHER / American Gallery Marseille / Dans le cadre du "Printemps de l’art contemporain" Marseille / du 20 mai au 15 juillet 2012.

Certains itinéraires dispensent de tout commentaire ou au contraire l’appellent et l’envoûtent, il est lui-même la clé de l’envoûtement. Il existe des festins silencieux qui ne se passent que par le regard. Notre faim tolère d’être piégée, certains mets rares aux noms bizarres évoquent des lointains qui ne veulent s’effacer et des enfances cachées, passées à se cacher. Ce qui fait saliver n’est pas encore montré, c’est le rôle aguichant du menu : l’illusion peut être de courte durée, la prétention se voit tout de suite dans les appellations ronflantes de plats revisités, un gramme de suffisance et c’est fichu. Ce n’est pas le cas ici, dans le quartier de Bompard et ses ruelles cruelles, où un drôle d’escogriffe nous embarque. Muni simplement d’une gourde et d’une boussole rouillée, la pérégrination peut commencer.

La carte du territoire n’est pas fléchée et les jeux tolérés gagnent les espaces du conte, la proximité douce de la fable étrange est à portée de chant. Jouons au bois, la farandole s’agrandit.

C’est à la fois une pratique antique et un jeu d’enfant. David Scher excelle dans cet art de dire à demi-mot, de styliser des jeux de piste. Les ingrédients ne sont pas tous reconnus ni même nommés, il ne peut pas donner la recette parce qu’il n’y en a pas. Il faut faire confiance et la reconnaissance à l’aveugle ne nous dira pas la provenance de telle épice, le fruité de telle combinaison. Il expose ses derniers travaux à l’American Gallery dans le cadre du Printemps de l’art contemporain qui groupe dans la cité phocéenne une douzaine de galeries sous la houlette de Marseille expos. Par cet événement qui prépare le tapis rouge pour les Olympiades de l’animation culturelle _ la kermesse des bonnes intentions _ de Marseille 2013, quelque chose se dégage telle une oscillation.

Le milieu de l’art contemporain marseillais brique ses éperons et cherche le ticket du pressing. La dissémination de toutes ces galeries dans l’agglomération (à voir sur le site printemps de l’art contemporain) offre une palette d’artistes divergents, c’est son principal intérêt. Il n’y a pas de ligne directrice, de mouvement esthétique.

L’indécision laconique, la réfutation du dogme, des bris de clôture entre dessin, installation et sculpture, autant de dispositions d’esprit parlantes de ce que vivent actuellement la plupart des artistes. Ces galeries sont vivantes et tenaces même si la proposition artistique, l’engagement du galeriste, ne sont pas toujours décelables. Le florilège d’influences forme un bouquet garni d’immortelles où edelweiss et coquelicots _ pour persévérer dans la métaphore botanique _, à chacun d’y faire son marché.

L’artiste new-yorkais vivant à Marseille propose six grands dessins de 60 x 80 sur des vieux papiers cartonnés recyclés. Il explore minutieusement la surface et suggère des plans rêvés pour se perdre ou rejoindre par de mystérieux itinéraires à travers déserts et dunes, mers asséchées, grottes suspectes, un terrain de jeu encaissé où peut-être se tiennent d’autres joueurs. Tel un archiviste espiègle ou un cartographe déphasé qui ne possède pas plus les clés du labyrinthe, Scher nous promène.

En pénétrant dans ces histoires, dans le lacis de signes, une double envie nous vient. L’oeil étréci, doit accepter de réduire et d’associer des bouts de plan qui ne mènent nulle part. « Je ne retrouverai pas ma route et y perdrai mon latin », c’est ce que se dit le détective ou le chercheur d’or.

Emmanuel Loi

Exposition DAVID SCHER / American Gallery 10 bis rue des Flots bleus / Marseille 13007 / du 20 mai au 15 juillet.

David Scher expose en mai juin à la galerie Jean Brolly rue de Montmorency 3ème à Paris / à Bâle présenté par la galerie d’Amsterdam «Vous êtes ici» . En outre, la galerie tenue par Pamela King sur les collines face à la mer édite une peinture de 25 x 30 the guitar kicker que l’on peut traduire par le latteur de gratte et un CD au titre à la Greco (le peintre) flaco y viejo (maigre et vieux) avec Douglas Henderson à la guitare arrangée et David Sher à la clarinette. Ce fin plasticien est un baladin plus qu’habile qui se joue de la décomposition dans l’esprit d’Ornette Coleman et autres lascars.

Visuel :  "If insectes could Knee", 2007, painting. Copyright David Scher.

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