LALALA GERSHWIN / JOSE MONTALVO ET DOMINIQUE HERVIEU

Danse : "Lalala Gershwin", de José Montalvo et Dominique Hervieu / Théâtre de Chaillot / a été donné du 2 au 19 mai 2012.

Les chorégraphes José Montalvo et Dominique Hervieu, qui tous deux furent à la direction du Théâtre de Chaillot, proposent une nouvelle fois un spectacle dansé qui se réclame de la comédie musicale d’un Broadway sulfaté. Et nous ne sommes pas à Mogador mais bel et bien dans la Salle Gémier du Palais de Chaillot.

Le décor n’est pas de carton-pâte, aujourd’hui existe l’image, alors pourquoi ne pas y convoquer simplement tous les clichés de l’Amérique des années trente à travers l’usage de pauvres projections ? Peu importe, on ne sait de toute façon pas trop où l’on n’est, ni où l’on va dans ce melting-pot peu ragoûtant.

Ce soir, on se préparait à voyager dans le temps et le bal qui se tient après la représentation sera finalement la seule opportunité de la soirée de saisir cet esprit « années folles ».  Et de se laisser aller à la danse entraînante en décalant quelques pas de charleston, (ce croisé de gambettes sautillantes) pour goûter à cet esprit  de la ville du même nom qui vit naître le quartier fictif afro-américain de Charleston en Caroline du Sud : Catfish Row, à la source de l’opéra en trois actes de Gershwin. Porgy and Bess, qui avait révélé en son temps le célèbre standard du jazz, Summertime, a déjà auparavant été adapté par le binôme Montalvo et Hervieu.

Deux équipes de sept interprètes se relaient dans cette super-production pour assurer chaque soir le show depuis 2010, telle une vraie production de théâtre de consommation de masse. Défile alors un patchwork d’images, de sons, mouvements, intentions dans un flux agité et désorganisé d’entrées et de sorties, de numéros qui s’enchaînent rapidement, de chorégraphies qui semblent s’être dessinées dans la précipitation sans faire exister une once de magie. Chaque danseur fait à tour de rôle la démonstration de ses qualités, des qualités identifiables mais sous-valorisées dans cet espace urbain kitchissime, au sein duquel de pâles tentatives de dialogues des genres font laborieusement surface. Pourtant c’est toute l’histoire musicale de Gershwin qui aurait pu ici émerger au travers tous les rythmes culturels qui ont influencé son art, grandissant en plein New-York, évoluant du piano classique vers le jazz, jusqu’au music-hall de Broadway.

Hommage bâclé avec cet assemblage disparate des morceaux de Gershwin qui laisse choir l’essence de son œuvre dans les précipices d’une mise en lumière indigente, dont le seul héritage persiste à travers l’engouement et la passion des corps. Mal dirigés mais habités, les élans sincères des interprètes ont du mal à sortir de ce carcan chorégraphique poussiéreux et quadrillé dans lequel ils semblent avoir été taggué comme ces graffitis très quatre vingt qui ornent le fond de scène. Se partagent le plateau tour à tour ou en quadrilles, danseurs et danseuses de hip-hop, de claquettes, de danse africaine, unissant tant bien que mal leurs éducations artistiques, leurs variations de mouvements aux accords Gerswhiniens. Quelques lâchers de voix timides, des photos en noir et blanc d’enfants qui pleurent, avant l’instant lumineux du spectacle qui s’affirme à la fin avec ce chant traditionnel africain, éclairant furtivement les conséquences de ces inégalités sociales ou raciales.

La salad-bowl de Montelvieu reste légère à digérer, accessible dès l’âge de 6 ans selon la mention apportée. Arguant ces instants légers de vie en société communiés à travers la musique, le chant et bien sûr la danse, le spectacle s’accorde de cette façon avec l’objet premier du travail de ces chorégraphes contemporains dits populaires. L’occasion pour un public "éloigné", comme il est courant de nommer ceux dont les ressources financières n’autorisent pas le loisir, de se rendre au Palais de Chaillot, et d’y découvrir un spectacle de piètre qualité. Ce soir, une association de quartier a fait venir quelques habitants de l’éloignement. Pourquoi l’accès de la culture à tous rime encore pour certains créateurs avec médiocrité ? A noter que l’entrée du bal au Sous Foyer du Palais était elle accessible au prix de six euros.

Audrey Chazelle

Lalala Gershwin, José Montalvo et Dominique Hervieu, Théâtre National de Chaillot, du 2 au 19 Mai 2012.

Photo Laurent Paillier

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