JAN FABRE, PREPARATIO MORTIS : CHRONIQUE D’UN DERNIER ORGASME FLORAL

BIENNALE DE DANSE DE LYON : Jan Fabre/ Troubleyn « Preparatio Mortis ».

La Biennale de la danse investit toute la ville de Lyon pendant ce mois de Septembre. Les grands lieux culturels de la ville deviennent lieux d’accueil ou de co-production et offrent leurs personnels, mais aussi leurs ambiances, leurs grains et leurs architectures aux chorégraphes. La pièce de Jan Fabre est présentée au Théâtre du point du jour, nouvellement dirigé par Gwenaël Maurin. Le lieu tout de bric et de broc, aux sièges délavés et aux affiches écrites à la main, est un écrin idéal pour la performance morbide Preparatio Mortis.

Preparatio Mortis commence dans le noir, sur une musique contemporaine pour Orgue de Bernard Fouccroule. Le morceau sera diffusé tout du long, avec quelques pauses qui laissent entendre (enfin) la respiration de la danseuse. Tout en dissonances, la musique est très oppressive, à l’image du spectacle, créé après la mort des parents de l’auteur -crise cardiaque et cancer foudroyant à quelques mois d’écart-.

L’oeuvre fait écho à une multitude de symboliques, des fêtes des morts sud-américaines aux contes traditionnels européens, de la danse allemande aux films suédois… Même si la dramaturgie est complexe et la narration peu explicite, chacun peut se raccrocher à un symbole, à une image, à une idée et s’approprier cette oeuvre qui conjuge avec brio intelligence de la création et brutalité de l’interprétation.

Après la longue introduction musicale, qui serait comme un concentré des derniers bruits du monde qu’on emporterait dans la tombe, la lumière se fait progressivement sur le plateau et laisse apparaître un tas de fleurs. Ces fleurs, dans l’épaisseur de la nuit, on pourrait les prendre pour un charnier exposant un tas de crânes humains. Elles se mettent à bouger, les fleurs, comme une bête monstrueuse et laissent apparaître petit à petit une main, un bras, un corps, une femme. Le tas de fleurs se fait lit de jonquilles et couverture d’œillets (la mère Pina n’est pas très loin). L’espace s’éclaire totalement et révèle un tapis de fleurs qui vont bientôt embaumer la salle. Même si le spectacle et son thème sont éprouvants et rudes, il se dégage quelque chose de profondément vivant voire de joyeux, non seulement avec le chromatisme des fleurs mais aussi grâce à la corporalité de la comédienne. Lisa May, qui reprend le rôle créé par et pour Annabelle Chambon, offre une partition ultra-incarnée tout en respiration, en chair et en regards.

La chorégraphie reprend tous les grands thèmes de Jan Fabre : la mort, le sexe, la violence des corps. Tout est composé dans cette alternance terrible d’un dernier espoir (dernière fête, dernier orgasme, dernière course) et de la chute irréversible du temps.

Dans la dernière partie de la pièce, la danseuse se trouve embaumée à l’intérieur d’un cercueil de verre qui cachait le tas de fleurs. La date 17.01.1975 est inscrite sur le fond du tombeau (Annabelle Chambon est née en 1975) et une foule de papillons (on peut y voir des mites) se réveillent tout d’un coup et se font écraser par le corps nu de Lisa May qui cherche toujours à survivre, coûte que coûte. Elle finit par dessiner ce qui lui reste du vivant, afin de laisser une trace avant de mourir. Trace qu’imprime durablement Jan Fabre à l’histoire de la danse avec cette oeuvre forte, prenante et dure qu’est Preparatio Mortis.

Bruno Paternot

XVe BIENNALE DE DANSE DE LYON / Du 13 au 30 septembre 2012.

LIRE AUSSI NOTRE DOSSIER XVe BIENNALE DE DANSE DE LYON  : http://inferno-magazine.com/category/biennale-de-danse-de-lyon-2/

Photos DR / Copyright Jan Fabre / Troubleyn 2012.

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