ON THE ROAD #07 : EN SEPTEMBRE, DE SAINT-MARTIN-DU-GAZ AUX CORRESPONDANCES DE MANOSQUE…

ON THE ROAD (WITH TRUCK) : La chronique nomade des scènes alternatives et des promenades en terres champêtres de Pascal Salles

Vendredi 14 septembre…

Personnellement, il est hors de question de rater une soirée au Bocal de l’Assos… Ce soir les amis de ça c’est Suuuuuuur ont invités les POIL.

Tout un programme. Trois énergumènes en justaucorps rouge qui vont nous balancer de l’énergie. Brut, moite, violent, déjanté. Pour les esthètes, imaginez la rencontre de Public Image et de Stanley Clarck… Oui, je sais, il faut faire un gros effort pour y arriver mais ça vaut le coup. Parce qu’il n’y a pas que les qualificatifs cités plus haut… On peut aussi parler de mélodies déstructurées, désarticulées mais mélodies quand même. Un seul petit truc qui pêche quand même. Comme souvent dans le domaine de la découverte précoce, il manque de la scène à ces trois gars, il faut encore qu’ils accrochent plus la lumière, qu’ils apprennent à jouer et à attirer les regards… Mais ils sont en chemin. A vite les gars.

Samedi 15 septembre…

St Martin des Eaux, riante citée du 04 d’une petite centaine d’habitants. Assise sur un tas d’or… ou plutôt de gaz… Tout le sous-sol, formé de roches poreuses est un immense réservoir d’hydrocarbures loué à la commune par les pétroliers de l’étang de Berre… Et puis à St Martin des Eaux ils savent que quand on y va, il faut y aller à fond, alors c’est la seule commune du coin ou la fille du borgne est arrivée en tête à la dernière présidentielle. Bref tout ça pour dire que le Festival ROCK D’C qui a pris pied ici, ben on se demande comment ça a pu être possible. Il faut dire qu’il y a tout en immense ici… amphi, scène, parking … 100 habitants… Et c’était comment le festoch ?

Dans l’ordre, on a vu Indicible Machine bande de potes qui n’ont pas vu le temps passer et nous servent un rock dans le genre Zuchero … Indicible, ils l’avaient annoncé. Mais sympathiques les gars.

La suite c’est Harmonic Generator sur l’autre scène… LA vrai bonne surprise de la soirée. Ils sont jeunes, ils sont beaux, les bonnes fées du Rock se sont penchées sur leur berceau, ils friment (ils ont le droit), et ils nous balancent un son « from outer space ». Rien que pour les avoir vus, je ne regrette pas tous les concerts un peu chiants que je me tape. Qu’est-ce que je pourrais encore mettre comme superlatif ? Charisme à toute épreuve, instinct de la scène, jeux avec le public (facile tout le monde est à fond), morceaux percutants… Tout le nécessaire, je me tue à vous le dire.

Alors un conseil les patrons de salles, de rades, les tourneurs… Si vous voulez de l’ambiance, du monde au bar et de l’hystérie, programmez-les vite avant de ne plus pouvoir. Ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas l’intention de trainer en chemin.

Aprés ça, il a fallu subir Red Light, des gars honnêtes mais loin, loin des précédents ; mauvaise soirée pour eux, ils seraient passés avant ça pouvait le faire. Et quand Pryde sont montés sur scène ils m’ont fait penser à ces groupes de Rock qu’on aperçoit parfois, au hasard d’un scénario, dans un film de série B des années 70… Genre Led Zep c’est un truc indépassable…

Sinon, ce matin, avant de partir d’Apt, on est tombé sur un défilé de mode en pleine ville… Moquette, mannequins, musique et même public… C’est les « Pêcheurs de Lune » friperie, broc, récup, art… qui organisent un défilé d’anti-mode avec des fripes. C’est animé par Johnny Platine et Maurice Diamant. Rigolo.

Mercredi 26 septembre
… Ou nos héros s’embourgeoisent…

Elles fêtent leurs quatorze ans cette année, et on y vient en voisins alléchés par une affiche. Je cause des Correspondances de  Manosque…

Qu’est ce qui peut déclencher cette envie ?
Un constat et un concept. Le constat est le suivant ; Tout part de l’écriture, cinéma, théâtre, poésie, paroles, romans… et le concept est le suivant ; Donner à entendre des textes choisis et  mis en musique par des artistes invités… Ce soir c’est les Têtes raides.

Ça se passe salle Jean le Bleu à Manosque, la bière est pas très chère, l’ambiance est détendue… Je m’égare. Contrairement à nos habitudes, rien de roots par ici. Des gens de culture, placement libre mais places assises, on papote à propos de l’intervention de Philippe Djian sur la place de la mairie qui a eu lieu juste avant. Coup de pub, rien que du « moi je ! ».

Et alors me direz-vous… et les têtes raides elles étaient comment à part raides ?

Ben pour tout dire, j’ai assisté là à une de mes meilleures performances de l’année !

Le condamné à mort de Jean Genet, J’voudrais pas crever de Boris Vian, mais aussi,  Arthur Rimbaud, Antonin Artaud ou  Stig Dagerman… Monsieur Christian Olivier sait choisir ses textes, les dire, les faire vivre et comme en plus ils arrivent à poser une vraie ambiance musicale sur l’ensemble ça donne une soirée d’exception. Alors c’est vrai que c’est rare pour nous d’aller voir un spectacle ou on est assis, ou on est pas les plus vieux, ou on est obligés de rester en place, ou tout est conforme à la réglementation et ou après le set il faut sortir son Bescherelle pour comprendre les commentaires autour de soi. Mais je vous le dit les Apaches, essayez parce-que même pour 14 euros (il doit bien y avoir des réducs pour ceux qui sont à la marge) vous pourriez bien entendre par là des trucs qui vous concernent.

Vendredi 28 septembre…

Encore aux Correspondances. La même formule qu’il y a deux jours mais avec Dominique A qui vient dire des passages de son bouquin… C’est programmé à 22H30 et pour faire passer le temps, on va traîner à la lecture des «Lettres à NORA»… Toute une histoire. La correspondance privée de James Joyce à Nora. Son œuvre vient de tomber dans le domaine public et les héritiers ne peuvent plus s’opposer à la publication de ces lettres… Mise en scène minimaliste. Une chaise, un bureau, un fauteuil, le lecteur, Laurent Stockler, éclairé d’un pinceau, et rien d’autre.

Alors pour le faire vite et bien. Le sujet, dévoilant un Joyce obsédé par la trahison, le cul et la vacuité de l’église n’est pas d’un intérêt fou… De plus, ces lettres, dont le destin était de rester adressée à une personne, se retrouvent, bien malgré elles, sur le devant de la scène. Finalement, vu la vitesse de péremption de tout buzzz, elles vont y retourner bien vite et ce n’est que justice.

Bon, c’est l’heure de Dominique A et je ne dors pas encore. Par contre, je suis debout au bar du Café Pro, une bière à la main, découragé par la file d’attente pour entrer dans la salle… Quand j’ai terminé mon demi, la queue s’est suffisamment dégonflée pour me donner envie de tenter ma chance.

Ce qu’il y a de bien aussi aux Correspondances de Manosque, c’est qu’aux caisses, j’ai l’impression que si la salle n’est pas pleine, ils filent des invits à ceux qui les demandent, mais pas que… Au moment ou sagement je tends mon ticket, un mec de la sécurité glisse à l’oreille du contrôleur «C’est plein à craquer, maintenant tu ne laisses entrer que ceux qui ont un billet»… Dans la salle du Café Pro, c’est un peu l’anarchie. La moitié de la salle est remplie de chaises sur lesquelles sont assis des gens pour qui cette soirée sera sûrement l’unique soirée Rock’roll de leur vie déjà bien complète… les incontournables sexagénaires, chemises à fleurs et cheveux longs ; ex-néo-ruraux et ruraux en plein maintenant. Les p’tits djeuns qui viennent voir… chacun son style… Bref, une foule bigarrée dont la moitié est assise au milieu de la salle sur des chaises en plastoc, un gros quart assis par terre devant la scène et le reste debout contre les murs… Quel professionnalisme dans l’organisation ! Il est plus que temps pour Dominique A d’entrer en scène et il le fait le bougre. Il débarque avec son univers si particulier. Ce mec est honnête, il tient son cap. Pas de frime, pas de fioritures. Il sait ce qu’il veut faire et il le fait. Il raconte sa vie… Il se met à nu depuis son enfance jusqu’à aujourd’hui. Les petits souvenirs, les grands espoirs, les odeurs, les lumières, les ambiances… Eh les mecs, allez le voir, vous m’en direz des nouvelles.

Bon ben la rentrée s’est bien passée. Tranquillement, sans urgences. Les petites salles reprennent de la programmation, les campings car géants ont déserté nos routes et quand on roule la nuit, on rencontre des animaux sauvages. Le début du mois prochain sera marqué par le festival de théâtre voyageur de Laragne… Cette année, le thème c’est art forain et zombies… Des photos à venir. En attendant, sortez-vous bien.

Pascal Salles

POIL: http://poil.bandcamp.com/
Les pêcheurs de Lune : http://www.qype.fr/place/2525795-Les-pecheurs-de-lune-Apt
Indicible Machine : http://www.indicible-machine.com/
Harmonic Generator: http://www.myspace.com/harmonicengine
Red Light: http://www.myspace.com/redlightspiral
Pryde: http://www.pryde.fr/
Correspondances à Manosque: http://www.correspondances-manosque.org/
Têtes raides: http://tetesraides.fr/archives/andrea/
Dominique A: http://www.dominiquea.com/

Photos : Dans l’ordre Pêcheurs de Lune, Têtes Raides, Poil, Dominique A / copyright Pascal Salles 2012

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