ÊTRE CHOREGRAPHE EN AFRIQUE DU SUD

Coloured Chameleon Dance

DANSE : « INSTANCES » 10e édition / Débat : ETRE CHOREGRAPHE EN AFRIQUE DU SUD.

Supprimez le racisme par décret. Laissez prospérer un néolibéralisme effréné. Voici une recette parfaite pour un résultat explosif : une société d’une violence incroyable, à laquelle aucune image simpliste ne résiste. Interviewé à son retour D’Afrique du Sud, Géraud Malard, conseiller artistique danse de l’Espace des Arts, a déclaré que la découverte des artistes sur le terrain avait soulevé pour lui une question troublante : « comment, dans un contexte social et urbain si tendu, engendré par l’héritage de l’apartheid ou encore le sida et ses ravages inouïs qui font que Johannesburg est devenue l’une des villes les plus dangereuses au monde, l’effervescence artistique est-elle possible ? »

Les artistes affirment une indépendance farouche, un refus de tout enfermement. Etre artiste en Afrique du Sud est souvent un combat, et ce combat transparait fortement dans l’intensité particulière des pièces présentées.

Ainsi, ce qu’on peut découvrir à Instances 10, c’est une génération de créateurs qui n’ont pas peur de bousculer les usages. Une danse à message donc, qui aborde des thèmes durs, toujours partagés entre une injustice quotidienne flagrante et un refus de perdre espoir. Et le plus surprenant, c’est qu’ils le font le plus souvent avec gaité et humour.

Dans le cadre du festival, Instances10, une rencontre publique avec Desiré Davids et Nelisiwe Xabe était organisée. Toutes les deux abordent la question de l’identité à travers le prisme de la couleur de peau.

Le travail de Désirée Davids est centré sur la question des « coloured » (métis). Cette classification par races n’est plus officielle bien sûr, mais elle perdure dans les mentalités et dans la société. Or, « pour tourner la page, la société doit savoir ce qui était écrit sur cette page » (DD), d’où l’importance d’en parler. Nelisiwe Xaba, elle, est fascinée par toutes les « nuances de noir, ce qui fait qu’on est noir ou pas ». Elle se demande si Barack Obama aurait-été élu s’il était « vraiment noir »…

Toutes deux expliquent que, comme nombre d’artistes sud-africains, elles travaillent dans des conditions matérielles difficiles : « L’état et les villes ont de l’argent pour la culture et la danse, mais le problème c’est la façon dont il est distribué. » Les artistes, trop divisés, ne se battent pas assez pour défendre leurs droits. Nelisiwe ajoute : « La question est, est-ce que nous souffrons assez ? » Et pourtant la situation est belle et bien critique pour les acteurs de la culture : en plus de la difficulté de trouver un lieu pour travailler, les artistes manquent d’espaces de diffusion. Les projets gouvernementaux, un grand théâtre qui domine Soweto a récemment été inauguré, sont des coquilles vides, puisqu’aucun budget de fonctionnement n’est prévu pour les faire vivre. Pourtant, Desiré Davids ne veut pas s’apitoyer : « c’est aussi notre force de devoir « se débrouiller ». Cela oblige à trouver d’autres façons de travailler. », et en effet, la concision et une certaine épure caractéristiques de leurs chorégraphies à toutes les deux sont sans doutes le résultat de ces conditions difficiles.

En tant que femmes également, elles doivent faire face à des discriminations, et Nelisiwe Xaba nous explique le problème, toujours avec son franc parler : En Afrique du Sud, ce sont des femmes blanches et des hommes gays. Pour une femme noire, c’est quasi impossible de se faire reconnaitre. Il faudrait plus d’hommes noirs au pouvoir pour favoriser les femmes noires. »

Un autre aspect moins plus méconnu du parcours de ces femmes : Desiré Davids, Dada Masilo et Nelisiwe Xaba ont toues commencé par apprendre la danse classique. La télévision censurant tout ce qui provenait de la culture africaine, les danses traditionnelles étaient peu connues sous l’Apartheid et beaucoup de chorégraphes ne les ont abordées qu’après avoir étudié le ballet. »

NELISIWE Xaba a grandi à Soweto. Elle raconte qu’après l’école, qui se terminait très tôt le matin, elle allait avec ses amis de quartier « jeter des pierres jusqu’à 11h », heure où la police les stoppait. « Après il fallait bien faire quelque chose. » Et c’est comme cela qu’elle est venue à la danse. « C’était la période de Fame, avec des danseurs noirs, une période d’enthousiasme. »

Leurs revendications aujourd’hui : être reconnues comme des artistes tout simplement, sans question de couleur. Ne pas être cantonnés aux festivals spécifiquement orientés sur l’Afrique, même si Nelisiwe ne croit pas possible d’éliminer totalement les enjeux liés à la couleur de peau : « du côté du public, l’exotisme est toujours là. La réception n’est pas la même selon l’origine du chorégraphe. »

Maya Miquel Garcia

Retrouvez toutes les critiques du festival Instances dans notre dossier spécial : https://inferno-magazine.com/category/instances/

Visuel : le chorégraphe et danseur Désiré Davids

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives