OLIVIER MILLAGOU : « OUT OF SIGHT », GALERIE SULTANA

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Olivier Millagou : « Out of Sight » / Galerie Sultana, Paris / Jusqu’au / until 15 03 2014.

An Out Of Sight (But Not Out Of Mind) : Conversation entre Gabriela Jauregui et Olivier Millagou

GJ : Tout d’abord, j’aimerais en savoir plus sur le titre de ton exposition car je trouve qu’il y a un bon jeu de mot. Out Of Sight peut signifier ce qui est littéralement caché du regard, dans ce cas c’est le coté sombre de l’héritage brillant des Beach Boys aussi bien que le coté sombre de l’espace de la galerie lui-même. Mais ça peut aussi signifier quelque chose d’incroyable, de surprenant et de stupéfiant. Ce qui peut être aussi perçu comme l’aspect le plus lumineux de ces personnages qui ont inspiré ton travail.

OM : En fait Out Of Sight fait référence au film de 19661. Je donne souvent le nom d’un Beach Movie à mes expositions. Et dans ce cas il se réfère aussi bien à l’expression Out Of Sight tant surprenant que dément, comme tu l’as mentionné, mais aussi, littéralement comme une porte de sortie, un dérapage, un hors-champs.

Pour cette exposition je me suis intéressé à la question : qu’est ce que la musique surf.

A l’origine c’était simplement la musique que les surfeurs écoutaient, et qui variait selon l’endroit où tu vivais et selon ton âge. Elle n’était pas formatée avant le milieu des années 60. Moment où les maisons de disques ont réalisé qu’elles pouvaient créer un autre moyen de se faire de l’argent avec les adolescents. A partir de ce moment, la musique surf a été clairement définie.

Ce titre m’intéresse parce qu’on peut le lire comme une fin. Et donc certainement comme le début de quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau. Out Of Sight signifie aussi qu’on est loin, hors de vue, que personne ne voit ce qui se passe et que tout est possible.

GJ : En quoi cette exposition est une continuation de tes œuvres précédentes ?

OM : Depuis quelque temps le noir n’était plus présent dans mon travail, j’étais plus dans quelque chose de lumineux. Ma dernière exposition « Paradise Sounds »2, était entièrement blanche, très proche de l’idée d’un paradis, mais nous étions aveuglés et éblouis par une forte lumière. J’ai continué sur cette idée d’aveuglement, et maintenant on est hors champs, hors de la vue, par le noir, mais aussi par le son.

GJ : Il y a du son dans cette exposition, un «orchestre naturel» qui joue avec le sable de la Vallée de la Mort. Comment est-ce qu’il parle, chante, et fait de la musique ? Tu mentionnes une phrase de Mallarmé sur le « tambour des dunes mystérieuses», à quel mystère fais-tu allusion ?

OM : Oui, c’est l’enregistrement d’un «orchestre naturel» joué par le sable de la Vallée de la Mort. Au départ je fais référence à Brian Wilson qui s’était fait construire un bac avec du sable dans son salon, pour composer les pieds au chaud. Mais en parallèle le sable révèle une autre propriété que la chaleur. C’est Marco Polo qui le décrit le premier au cours de sa traversée du désert de Gobi: il parle de ce cuieux phénomène « comme les sons de tous les instruments de musique », comme « des tambours et tirs d’armes ». Depuis, plusieurs dunes ont révélé la même propriété : le sable chante et crée des sons qui s’apparentent à des cris, des bruits d’animaux où des râles…

J’ai fait des recherches sur les différents endroits où ce phénomène opère et j’ai choisi la Vallée de la Mort, en Californie, pour sa proximité géographique avec le lieu de naissance de la musique surf pour enregistrer ces sons. Le nom de ce désert est proche de l’enfer avec un climat sec, un endroit qui évoque des crânes d’animaux morts, des croix de tombes dispersées, et l’illusion de mirages lointains tremblants sous l’air suffoquant.

J’imagine que Brian Wilson aurait pu entendre ces sons étranges, dans le sable de son salon, et peut-être qu’il aurait été effrayé, ne sachant pas d’ou cela venait.

GJ : Il y a des instruments à cordes accrochés au dessus de nous comme de la pluie qui tombe du ciel, comme des présages venus d’une plaine différente, comme le tonnerre fâché de Zeus. A moins qu’ils nous surveillent avec vigilance parce que nous sommes attirés pas la lumière battante et la chaleur du O. Le O est-il un présage où un soleil mourant, symbole de celui que les Beach Boys semble adorer ?

OM : L’installation fonctionne comme un orage, avec ciel et nuages noirs. Les guitares, les basses, les ukulélés, les banjos symbolisent la menace d’un orage sans précédent que seul Brian Wilson aurait vu venir sur l’horizon brillant des Beach Boys. L’âge d’or de la musique surf est court, comme lorsqu’une session de surf prends soudainement fin parce que le temps change.

Le O est une vielle lettre de néon récupérée, souvenir d’un passé brillant posé à même le sol. Elle pourrait être une lettre de n’importe qu’elle enseigne, celle des Beach Boys, du film Out Of Sight, où bien n’importe qu’elle autre marque. J’ai enlevé le tube néon et l’ai remplacé par une résistance de chauffage. Là où normalement un néon fonctionne avec de la lumière, visuellement, ici il marche plutôt de façon sensitive, plus on s’approche du O, plus on ressent sa chaleur.

Au milieu de l’obscurité, et sous cet orage menaçant, le O apparaît comme un soleil mourant. Out Of Sight est la fin de l’âge d’or.

GJ : Brian Wilson à dit : « Nous faisions de la sorcellerie, on essayait de faire de la musique de sorcellerie »3. Dans ce cas, est-ce que Out Of Sight pourrait être un exorcisme, une incantation, ou une sorte de sorcellerie ?

OM : La musique produite par le sable des dunes est en quelque sorte de la sorcellerie. Là où Marco Polo imaginait des fantômes et des esprits, Maupassant y voyait la mort elle même.

GJ : Une des guitares est différente des autres. Peux-tu me parler d’elle? Pourquoi tous ces animaux présents ici?

OM : Le titre de cette peinture est « Every Time I Kill An Animal With My Guitar It Appears Above ». L’idée était d’avoir une guitare qui ressemble à un instrument de hippie, avec plein d’animaux peints de manière naïve. J’ai fait cette guitare pour un ami rockeur et j’aimais l’idée que de loin, sa guitare ressemble à quelque chose d’innocent alors qu’en fait il s’agit d’un instrument de mort, où est reproduit chaque animal tué. La guitare est abîmée aux endroits où elle a frappé les animaux. Cette guitare pourrait être le résultat d’une folie, liée à de la sorcellerie.

1 Out Of Sight, de Lennie Weinrib, 1966.
2 Paradise Sounds, Le Moulin, La Valette, 2012.
3 The Dark Stuff, Brian Wilson – Nick Kent, page 27.

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Visuels : Out Of Sight, installation view, Sultana January-March 2014 / © Claire Dorn / Sultana

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