PIERRE BISMUTH : « CE QUI N’A JAMAIS ETE / CE QUI POURRAIT ÊTRE », MRAC SERIGNAN

BISMUTH-MRAC

Pierre Bismuth : Ce qui n’a jamais été / Ce qui pourrait être / Mrac LR, Sérignan / 15 novembre 2014 – 22 février 2015.

Le travail de Pierre Bismuth s’inscrit dans l’héritage de l’art conceptuel dont il actualise certaines stratégies. De l’utilisation du langage à l’usage de ready-made ou de protocoles d’exécutions, jusqu’à la recherche quasi-scientifique d’une méthode d’analyse critique des formes contemporaines de la culture, Pierre Bismuth cherche à étendre et à adapter le potentiel critique de l’appareil conceptuel aux conditions changeantes de la société contemporaine et de l’art.

L’exposition au Musée régional d’art contemporain à Sérignan est la première des deux expositions de Pierre Bismuth entre novembre 2014 et février 2015, date à laquelle aura lieu sa grande exposition monographique à la Kunsthalle de Vienne. Elle met en évidence l’idée qui sous-tend tout son travail: inutile de chercher un sens prédéterminé à la vie, il importe plutôt de saisir la manière dont la vie même crée du sens.

En effet, pour Pierre Bismuth, l’homme peut tout mais ne doit rien. À ses yeux, l’humain n’a pas de vocation spirituelle ou historique à accomplir. Ses œuvres sont le reflet de cette lucidité et n’ont qu’un seul but: redonner à l’activité humaine tout son potentiel. Les pièces qu’il crée sont des prétextes à la ré-initialisation: en conférant aux éléments les plus familiers une opérativité nouvelle, Pierre Bismuth nous amène à devoir les assimiler à nouveau.

À l’entrée de la salle du premier étage, une grande toile de la série performances a été réalisée spécialement pour le MRAC. Elle intègre certains détails spécifiques du lieu et présente la description — ou les instructions — d’une performance dont les caractéristiques sont de se mêler de manière invisible aux mouvements naturels des visiteurs du musée. Au milieu des visiteurs se promènent donc vraisemblablement deux acteurs et, malgré une attention scrupuleuse aux faits et gestes de chacun, il sera difficile de distinguer si l’activité des spectateurs est le fait d’actions spontanées ou bien des gestes d’acteurs.

Dans les œuvres de la série En suivant la main droite de, une des séries les plus anciennes de l’artiste, démarrée en 1999 et qu’il continue à faire évoluer, des personnalités célèbres comme Sofia Loren ou Jacques Lacan sont transformées en peintres abstraits. Pierre Bismuth ajoute une couche à des séquences filmées dont ils sont les protagonistes en suivant le mouvement de leur main. Au final, le dessin semble toujours avoir attendu d’être mis à jour, comme si Pierre Bismuth avait décelé que le film était incomplet. Le film original s’efface au fur et à mesure et, au lieu de rester un objet de contemplation passif, celui-ci se transforme en machine à dessiner, nous faisant entrevoir l’immensité du potentiel cinématographique encore à explorer.

Dans la série Coming Soon Pierre Bismuth isole le slogan qu’on retrouve habituellement dans les bandes-annonces des films ou sur la devanture des magasins. Détaché de tout objet, le slogan est comme une potentialité infinie, une occasion de projeter toutes nos envies et nos fantasmes. Il nous rappelle des affirmations qui circulent dans les médias comme «Just Do It!» ou «Yes we Can!». Le slogan incarne l’idée du progrès continu et ininterrompu que porte le capitalisme en lui. Il témoigne de l’injonction au renouvellement permanent qui a remplacé le besoin d’imaginer un avenir révolutionnaire et radicalement différent.

La toute nouvelle série Cyclo, initiée pour cette exposition, consiste en une série de caissons en bois ouverts, dont l’intérieur est peint dans une qualité de vert particulièrement lumineux. Directement inspirées des studios dits d’incrustation, à la télévision et au cinéma, ces constructions présentent un espace intérieur sur lequel, par la magie du digital, viennent normalement s’incruster des univers et des décors dépassant largement les limites de l’espace circonscrit par ces «boîtes». Ici, l’espace du studio a été volontairement ramené à l’échelle d’œuvres d’art minimales, plaçant le public dans la position inhabituelle de devoir regarder un objet initialement conçu pour précisément ne pas être vu.

Nicolas Jolly, Commissaire de l’exposition

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