VALENTIN CARRON : « L’AUTOROUTE DU SOLEIL À MINUIT « , KAMEL MENNOUR PARIS

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VALENTIN CARRON : L’AUTOROUTE DU SOLEIL À MINUIT / Galerie Kamel Mennour, Paris / 24 janvier – 15 mars 2015.

Valentin Carron remet l’art en jeu. Entre interprétation, facétie et subversion, il redonne la fluidité au glacis du révérencieux. Pour fomenter la profanation, il trace les lignes d’un temple, d’une architecture mentale dont il détient les cotes. L’une d’elle est le retour du ready-made: l’urinoir est entré au musée, Valentin Carron, lui, fait sortir les chefs-d’œuvre dans le lieu commun du vernaculaire. Vernaculaire? Il en a livré une définition précise lors de son exposition parisienne au Palais de Tokyo en 2010: «Forme architecturale propre à une zone géographique et à une période donnée. Adaptée aux conditions climatiques de la région et aux usages de la population.»

C’est ainsi qu’en 2002 on retrouve Fernand Léger réinterprété par Jo Style, un artisan du Valais — le canton suisse où Valentin Carron est né et où il travaille. En temps normal, Jo Style réalise «des peintures sur des peaux de bêtes, tendues avec des lanières de cuir sur des cadres réalisés avec des branches d’arbre» (Valentin Carron, entretien avec Fabrice Stroun, Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, catalogue de l’exposition à la Kunsthalle de Bern, 2014). Valentin Carron lui commande les mêmes œuvres en demandant de remplacer les dessins habituels par les motifs peints par Fernand Léger.

La profanation est consommée, la liberté de penser l’art et l’histoire de l’art sont retrouvées. «Le passage du sacré au profane peut aussi correspondre à un usage (ou plutôt à une réutilisation) parfaitement incongru du sacré. Il s’agit du jeu. On sait que la sphère du sacré et celle du jeu entretiennent des relations très étroites», a écrit le philosophe Giorgio Agamben (Giorgio Agamben, Profanations, éd. Rivages Poche, 2006).

Valentin Carron veut maintenir ouverte l’aire du jeu car elle est aussi celle de la création. Il y avance à pied, en chaussettes trouées, comme le montrent les sculptures de verre qui résonnent de la toile Jean-Marie de la période Vache de Magritte. Jean-Marie, un voleur de poules, quitte le lieu de ses méfaits en boitant… La distinction est toujours affublée chez Valentin Carron des insignes de la dégradation, comme pour maintenir vivaces deux pôles opposés, indispensables au mouvement. Le mouvement lui-même, contrairement aux aspirations des Futuristes, est entravé ainsi que le suggère le ready-made Piaggio Ciao, cyclomoteur de peu de puissance, présenté dans la cour du pavillon suisse de la Biennale de Venise en 2013.

Pour sa première exposition personnelle à la galerie kamel mennour, l’artiste suisse présente, en dialogue avec l’architecture du lieu, une façade typique de grange dont les ouvertures laissent sourdre l’inquiétante étrangeté du familier refoulé: des histoires, des peurs, des secrets qui errent comme des fantômes repoussés dans les coulisses de la vérité. (…)

Annabelle Gugnon

Visuel : untitled © Valentin Carron / Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

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