ANDRES SERRANO, EXPOSITIONS A STOCHOLM ET VENCE

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Deux expositions d’Andres Serrano en Europe : « Redemption », Fotografiska Stocholm, à partir du 13 mars 2015 / « Ainsi Soit-il », musée de Vence, à partir du 22 mars 2015.

Ce mois-ci, s’ouvrent, à quelques jours d’intervalle, deux grandes expositions entièrement consacrées à l’artiste américain.

La première exposition, « Redemption », au Fotografiska de Stockholm, ouvre ses portes à partir de 13 Mars. Le musée, temple de la photographie inauguré en 2010 et réputé pour l’exigence de sa programmation, crée l’événement en montrant, pour la première fois en Europe du Nord, un vaste panorama de l’œuvre d’Andres Serrano. Ce dernier partage l’affiche de la programmation du musée avec Martin Parr, autre monstre sacré de la photographie contemporaine.

«Redemption » présente plus de trente ans de création, de la série Early Works (fin années 1980) jusqu’à la série Holy Works, qui avait été présentée en 2012 à la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles.

Entre les deux, l’œuvre d’Andres Serrano est jalonnée de séries devenues cultes, comme ce fut le cas de la série Immersions, présentée au début des années 1990 et dont la plus célèbre photographie demeure Piss Christ, image subversive d’un christ en croix plongé dans un bocal d’urine effervescent.

Le cliché, qui défraya la chronique, fait partie de l’exposition suédoise qui révèle par ailleurs bien d’autres aspects de l’œuvre religieuse d’Andres Serrano. Celle-ci est plus respectueuse qu’il n’y paraît. En témoignent les œuvres de la série Holy Works qui réinterprètent les codes de la peinture religieuse du Moyen-Âge et de la Renaissance.

Face à ses détracteurs, Andres Serrano oppose qu’ « en tant que chrétien, [il a] le droit d’utiliser les symboles de l’Eglise car ce sont ceux de [sa] Foi …il ne s’agit pas d’une attaque contre Dieu ou l’Eglise, mais plutôt une célébration des deux».

Cette profession de foi religieuse et artistique est illustrée par d’autres séries d’allure profane telles que la série The Klan (1990) dont les portraits des membres du Ku Klux Klan vêtus d’habits cérémoniels pastichent, en réalité, ceux du rite catholique ; ou encore la série The Morgue, photographies de cadavres à la morgue dont le réalisme brutal se prête à interpeller le plus agnostique des spectateurs.

Le même visiteur ne pourra se soustraire aux regards admoniteurs des protagonistes des séries A History of Sex (1996) ou Nomads (1990). Cette dernière série redonne dignité aux américains les plus démunis et/ou marginalisés par le « politiquement correct », idéologie dominante aux Etats-Unis depuis que George H. W. Bush, au début des années 1990, en a généralisé le dictat à l’échelle internationale. Toute l’œuvre d’Andres Serrano s’est construite en opposition à cette attitude veule développant un goût et un talent inversement proportionnel pour la provocation.

Le musée de Vence, près de Nice, propose, quant à lui, l’exposition monographique la plus ambitieuse depuis les précédentes rétrospectives à la Barbican Art Gallery de Londres et à la Collection Lambert en Avignon, en 2001 et 2006. Intitulée « Ainsi soit-il », l’exposition de Vence, qui ouvre ses portes le 22 Mars, inaugure un cycle de manifestations dédiées à l’art sacré.

Aux côtés de séries pionnières et sulfureuses telles que Bodily Fluids et Immersions (1987-1990) qui mélangeaient les fluides corporels et plongeait les images pieuses dans des bains d’urine et de sang, coexistent des séries moins emphatiques mais toutes aussi empruntes de spiritualité. C’est le cas de The Church, série de portraits d’hommes d’église et de détails de monuments religieux qu’Andres Serrano réalisa à Paris, en 1991, répondant à l’invitation d’Yvon Lambert.

Le marchand et collectionneur provençal, qui a découvert et exposé le premier l’artiste newyorkais en France, est de nouveau l’instigateur de la toute dernière série présentée dans l’exposition, Chapelle Matisse (2015). Andres Serrano avait depuis longtemps entendu Yvon Lambert lui parler de cet édifice, dont il avait pu suivre de près la construction pendant son enfance passée à Vence.

De cette époque datent les liens amicaux qui unissent Yvon Lambert et le père Trobatas photographié par Andres Serrano ainsi qu’il se présente devant ses fidèles chaque dimanche vêtu d’une chasuble aux couleurs de Matisse. La mise en scène, à la fois sobre et recherchée, évoque les portraits d’ecclésiastiques produits tout au long du XVIIe siècle à la suite du concile de Trente.

Les expositions de Vence et de Stockholm proposent, à elles deux, un panorama complet de l’œuvre d’Andres Serrano. Elles complètent l’exposition du Musée Fesch à Ajaccio en 2014, qui s’était attachée à mettre en évidence les filiations directes du photographe américain avec l’art ancien, en particulier médiéval et baroque, qui nourrit chacune de ses séries.

L’exposition de Vence est assortie d’un catalogue. Ce dernier permet de relire « Les transis », fameux texte de Daniel Arasse où le célèbre historien de l’art classique italien livrait ses réflexions érudites sur les photographies sur la série The Morgue d’Andres Serrano. Témoin de cette « collaboration miraculeuse », le manuscrit original, conservé par Yvon Lambert, est reproduit ici pour la premières fois.

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Visuels : Andres Serrano, Holy works, 2011 / Copyright the artist

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