ENTRETIEN : CEDRIX CRESPEL

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Entretien : Cédrix Crespel.

Les lignes de Cédrix Crespel sont accidentées sur la toile, elles explosent, choquent, parlent de sa vision intime de la féminité. La rencontre dans son atelier de Guérande était l’occasion de mettre en lumière ce qui l’invite à  » provoquer les lignes « . Entre  » Car-Crash  » à la AD Galerie de Montepellier et  » Ainsi soient-elles  » exposée à la
galerie Jardin Rouge de Marrakech deux horizons interdépendants de la femme se confrontent sous son regard électrique. Depuis 10 ans Cédrix Crespel peint entre Londres, la France, la Hollande et le Luxembourg. L’artiste sous sa richesse chromatique explosive propose un portrait intime de sa génération.

Comment définir le style Cédrix Crespel ?
Si l’on se place du point de vue des critiques et des collectionneurs, ma peinture est associée sur la forme à la figuration narrative, la figuration libre et « l’Art urbain ». Mon approche graphique tire peut être sa singularité par le fait qu’elle ne soit pas née d’influence plastique mais plus d’une réflexion personnelle. En effet j’ai rapidement associé les traits de ma personnalité à des techniques graphiques. Par exemple, ma franchise m’a
mené à développer des aplats francs et affirmés, mon impatience m’a incitée à faire des esquisses dans des temps impartis. Toutes sortes de particularités qui ont participé à définir mon style, avec une donnée déterminante pour moi, la volonté absolue que mon travail soit associé à mon époque. J’ai essayé de cibler ce qui était le plus représentatif, l’informatique et le numérique se sont très vite imposés à moi. Je fais pleinement parti de
la « Génération computer ». Dans un premier temps on part sur des théories qui forgent un axe central et puis au gré des rencontres, de l’expérience on acquiert un vocabulaire…
J’ai commencé par peindre ma vision de la féminité contemporaine dans son sens global. Mes lignes désaxées, mes excroissances graphiques sur les visages ont pu parfois être mal interprétées, comme une atteinte à la féminité. Or c’est pour moi une manière de préserver l’intimité de mes modèles, mes muses, mes héroïnes. C’est aussi une question d’équilibre, même si ce n’est pas toujours les visages que je brouille cela fait désormais partie de ma signature. Je raconte mon histoire, mes rencontres, mes accidents de vie. Tu « traces » ta route et le spectateur s’y reconnait parfois. Je ne raconte que mes histoires…

A la lecture du dernier livre de Claro  » Crash-test  » j’ai pensé à ton travail sur « Car- Crash » résolument moderne, tiraillé entre Eros et Tanatos entre l’intime et l’ostensible ?
 » Car-Crash « , des voitures puissantes et des femmes sexy !!! Le public peut facilement assimiler cela à quelque chose de commercial mais ma démarche est tout à fait personnelle et purement autobiographique. C’est une manière de mettre à distance la figure paternelle (Père pilote automobile). La métaphore entre l’accident de voiture et l’infirmière était donc pour moi une nécessité. Figer l’accident quelqu’il soit (moral, physique ou matériel) au soutien salvateur d’une mère, l’infirmière, la protectrice.
Pour cette exposition je me suis aussi accroché à un souvenir de mes treize ou quatorze ans, dans le garage où mon père travaillait, j’ai vu une voiture accidentée arriver avec des traces de sang. C’était silencieux, l’accident avait eu lieu, il restait une trace. La trace qui te fait prendre conscience que la mort est toute proche, c’est très impressionnant. C’est cet instant que j’ai aussi essayé de mettre en situation, inspiré et nourrit par « Crash » le film de Cronenberg et de Richard Prince pour sa collection de « Nurses ».

Dans une autre perspective avec ta collection  » Ainsi soient-elles  » exposée à Marrakech pour ta résidence à la galerie Jardin Rouge il y a une part de provocation ?
On m’a invité à venir faire une résidence à Marrakech pour travailler sur les codes de la sensualité orientale, c’est donc une provocation mesurée ! Le Maroc est régi par une culture religieuse, j’ai essayé d’être subtil avec un titre assez évocateur, tout en respectant ce pays d accueil. Pour moi aller au Maroc, c’était l’opportunité de faire quelque chose de différent, un exercice intéressant. Une résidence c’est l’occasion de provoquer les lignes.

Tes lignes sont des accidents, c’est ça ?
Il y a une part de réflexion et une part spontanée dans mon travail. L’expérience, le travail accompli me donne cette aisance aujourd’hui et ces excroissances instinctives me mènent et me guident parfois malgré moi. Comme un écrivain, d’abord c’est un élan, intervient ensuite l’écriture.

Une idée de ce que tu as envie de faire après ?
Plusieurs pistes mais qui restent assez floues. Mon travail est divisé en trois parties : Il y a, ce que j’appelle mes classiques, des femmes seules avec un pouvoir érotique mesuré dans différentes expressions. Ensuite le pendant de ce travail ce sont mes  » bouquets sensuels « , chaque tableau est une forme de plaisir assumé, une plus petite partie de mon travail par rapport à ce que les gens imaginent. Et enfin, j’ai mes expositions à thème, une réflexion, une question, une réponse… » Par, Pour, Sans qui  » en 2008,  » Outside parking  » en 2011 et d’autres…
J’ai quelques idées en tête, une collection sur l’érotisme et la nourriture, une autre sur ma femme qui serait le répondant de  » J.O.I.E  » exposé en France en 2013 que j’aimerais mettre en place à New York et peut être une réflexion plus large sur les femmes qui ont donné leur vie par amour.

propos recueillis par Claire Burban

Retrouver Cédrix Crespel à la AD Galerie de Montepellier, au Jardin Rouge en résidence à Marrakec, sur son site http://www.cedrixpcrespel.com

Image copyright the artist

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