AVIGNON 2016 : GERARD GELAS, « HISTOIRE VECUE D’ARTAUD-MÔMO »

ARTAUD - Copie

AVIGNON OFF 2016 : Histoire vécue d’Artaud-Mômo – mes Gérard Gelas – Chêne Noir du 6 au 30 juillet à 17h, relâche les 11,18 et 25 juillet.

Flaubert aurait dit : « Madame Bovary, c’est moi », et même si cette formule est apocryphe elle lui colle depuis à la peau. Dans le droit fil de l’auteur des Mémoires d’un fou, Damien Rémy pourrait proclamer sans forfanterie aucune : « Antonin Artaud, c’est moi », tant il incarne à s’y tromper ce « suicidé de la société » – pour reprendre la dénomination que l’auteur du Théâtre de la cruauté appliquait lui-même à Vincent Van Gogh, dont la « lucidité » hors-norme, en écho à la sienne, était taxée de folie par la bien-pensance.

Plus d’une heure durant, sur la scène du Chêne Noir plongée dans les ténèbres éblouissantes d’un « dé-lire » envoûtant, le comédien fétiche de Gérard Gelas se coule dans la peau du performeur visionnaire pour redonner vie à la mythique conférence (non) prononcée au Vieux Colombiers ce 13 janvier 1947, où l’orateur – dans tous ses états – ne put alors que proférer des cris plus proches parfois de borborygmes que du langage articulé. D’André Breton – « le pape du surréalisme » – à André Gide, tous en furent médusés.

Habité par les affres du génie hors limites, le visage torturé de l’exalté écartelé entre dérèglement des sens et tutoiement des étoiles, le corps encore traversé par les décharges des électrochocs infligés à l’asile de Rodez où il fut interné après un séjour à Sainte Anne, Antonin Artaud-Damien Rémy, dans une proximité voulue par la mise en scène du directeur des lieux, dévide – en triturant obsessionnellement ces petits cahiers d’écolier de ces doigts déformés par les drogues – les fulgurances d’une pensée libérée de tous carcans et nous inonde de sa présence poétique hallucinée à haute intensité dérangeante.

« Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face » ; là, dans l’espace réduit de la salle John Coltrane, aucune possibilité de fuite n’étant offerte au spectateur immergé dans un huis clos où les forces de vie le disputent à l’emprise de la mort menaçante – représentée par la Société à l’affût de tout « dysfonctionnement » remettant en cause l’ordre établi – il va bien falloir coûte que coûte affronter les traits décochés par le vieil Artaud crucifié à Jérusalem. Et de ce face à face à enjeu vital d’une densité insoutenable qui ne peut laisser intact, le spectateur, pénétré par cette exigence de vérité sans concession, ressort comme lavé de ses petits arrangements mortifères avec la normalité pour devenir – ne serait-ce qu’un instant – un autre à lui-même purgé de ses mesquineries à but intégratif.

La « mise en Cène » de ce crucifié qui porte sur ses épaules tremblantes le poids des péchés de tous les ayatollahs de la conformité, est au service à la foi(s) de l’auteur et de l’acteur réunis par Gérard Gelas dans la même entité libertaire. «Le Théâtre et son double », Damien Rémy et Antonin Artaud confondus.

Yves Kafka

Photo Manuel Pascual

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