« OUTWITTING THE DEVIL » : ATTENDEZ QUE MA JOIE REVIENNE !

Outwitting the Devi2

73e FESTIVAL D’AVIGNON. « Outwitting the Devil » – Akram Khan – Cour d’Honneur, 22h00 – du 17 au 21 juillet 2019.

La dernière fois que nous sommes venus voir de la danse dans la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon, c’était l’année dernière pour « Story Water » d’Emanuel Gat et l’Ensemble Modern, aussi blanc et lumineux, aussi intéressant et passionnant que ce nouveau spectacle de Akram Khan, créé à Stuttgart le 13 juillet dernier, est noir, sombre, soporifique et tellement attendu…

La scénographie de Tom Scutt est impressionnante dans cette Cour où tant de créations se sont succédé. Immense plateau noir au centre, nombreux objets autour, de taille différentes, formant une sorte de labyrinthe qui entoure tout ce centre névralgique sur lequel, logiquement et sans grande surprise, va se passer l’action. Le choix d’Akram Khan est donc de danser sans penser qu’il est dans la Cour, sans s’en emparer, comme dans un vulgaire théâtre… dommage.

Après Brigitte Asselineau dans la petite cour de La Parenthèse, dans le très beau spectacle de Sylvère Lamotte, autre gloire française des années 80 qui reprend du service, le danseur et chorégraphe Dominique Petit qui est dans le spectacle une sorte de conteur dont la voix vient ponctuer une chorégraphie pompeuse et, finalement, ennuyeuse.

Donc, Akram Khan se soucie de la planète… bien… Il n’est pas le seul mais lui, cela ne lui donne pas beaucoup de raisons d’espérer et il nous le fait savoir. Dans un univers musical post new-age éreintant de grandiloquence, imaginé pour l’occasion par Vincenzo Lamagna qu’on ne félicite pas, le chorégraphe indo-britannique mélange les mythes pour mieux servir son projet qui en ressort très confus, sans grande portée sociale et – surtout – sans intérêt chorégraphique notable.

Donc « nuits après nuits, (je) suis jeune, une hache à la main » nous dit en voix off Dominique Petit… et avec cette seule phrase les six danseurs – tous brillants et excellents, avec une technique indiscutable – vont progresser sur scène dans un univers assez sombre. Evidemment, comme souvent dans son travail, une danseuse de Kathak est dans le lot, tout d’orange vêtue. Elle est au centre de la danse qui repose principalement sur un vocabulaire néo-classique : pointes, portés, arabesques, attitudes… sans apporter pour autant une once de modernité, comme l’eut fait William Forsythe ou d’autres qui appuient leur danse sur ces bases. Et malgré quelques moments de fulgurances, on s’ennuie vite à ce petit jeu du malheur, à cette fable post-écolo qui nous annonce toutes les misères dans monde… Akram Khan semble préoccupé de notre climat, de son dérèglement, de son effet sur la nature. Il trame donc quelques histoires anciennes – n’a-t-il pas lui-même joué dans le Mahâbhârata de Peter Brook ! – mais cela ne fait pas un propos fort et convaincant…

C’est d’ailleurs plaisant de voir que presque vingt ans après que Pascal Rambert ait monté à Avignon dans un champ de tournesol de dix hectares une lumineuse interprétation de « L’épopée de Gilgamesh » de voir que Akram Khan n’en tire que larmes et désolations alors que Rambert, hier dans la cour, en avait fait un poème solaire : Gilgamesh quoi !

« En ces nuits anciennes » entend-on sans cesse… faisant surgir une flopée de fantômes sur la scène de la Cour d’honneur. La pièce baigne dans une rigueur janséniste et inutilement austère. Au bout d’une heure, un changement de lumière vient éclairer la scène jusqu’ici dans une peine ombre laiteuse mais le principe d’une narration laborieuse lui, reste. Et on se demande pourquoi le chorégraphe a tant besoin de s’appuyer sur une/des histoire(s) sans faire confiance à sa danse, à sa force et à celle de ses danseurs ? Cette sorte de « tragédie à ma façon » souffre d’une approche assez manichéenne des concepts que souhaite aborder Akram Khan.

La pièce se termine avec ce constat « j’ai abattu la forêt des cèdres » ! Certes, mais nous y sommes nous aussi passés… La fin dans un nuage de fumée, poussée par la légère brise dans la cour, vient achever « se jouer du diable – Outwitting the Devil », une pièce laborieuse de Akram Khan. Ouf !

Emmanuel Serafini

Outwitting the Devil Akram Khan

Images © Christophe Raynaud de Lage

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