« MACBETH PHILOSOPHE » : AVEC CE FASCINANT MACBETH, OLIVIER PY REND FIERTE AU PEUPLE DE L’OMBRE

macbeth py 2019

73e FESTIVAL D’AVIGNON. « Macbeth philosophe » – Texte : William Shakespeare – Traduction, adaptation et mise en scène : Olivier Py – Ateliers de création théâtrale dirigés par Olivier Py et Enzo Verdet – Avec les participants de l’atelier-théâtre du Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet – Chartreuse-CNES de Villeneuve-lez-Avignon le 17 juillet à 15h ; les 18 et 19 juillet à 11h et 15h.

Voilà maintenant cinq ans qu’Olivier Py travaille avec le Centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet pour produire des spectacles « hors les murs » présentés au Festival d’Avignon. Après « Prométhée enchaîné », « Les Perses », « Hamlet » et « Antigone », Olivier Py revient cette année à Shakespeare à la demande des détenus avec ce « Macbeth philosophe », pièce sombre s’il en est qui permet tous les déchaînements et toutes les folies.

Olivier Py ramène ici la pièce de Shakespeare à un format réduit d’une heure qui retrace la tragédie dans sa globalité à partir des scènes qui constituent le cœur du drame. Il propose une traduction spécifique, métrique – « à peu près en dodécasyllabes » – pour en restituer toute la force poétique. Le texte est limpide et direct, sans artifices, tantôt poétique et onirique, tantôt visionnaire et violent. Il frappe juste et fort !

La présentation de ce spectacle dans le Tinel de la Chartreuse permet une scénographie particulière qui immerge le public au cœur de l’action. Dans cette immense salle, toute en longueur, deux scènes se font face dans un dispositif bi-frontal et un plateau central permet de mettre en évidence les moments les plus forts de la pièce. Cette scénographie originale permet des effets de surprise par l’apparition inopinée des personnages d’un côté ou de l’autre de la salle et surtout un enchaînement rapide des scènes dans un spectacle qui se déroule d’un seul trait, qui ne nous lâche pas du début à la fin. Si le choix de cette salle permet une mise en scène intéressante, il pèche toutefois par une mauvaise acoustique qui laisse malheureusement perdre une partie du texte.

La pièce est montée avec huit acteurs, huit hommes détenus au Centre Pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet qui prennent ce texte à bras-le-corps. Ces hommes ne cherchent pas gommer leur accent, n’apprennent pas à être acteurs, à saisir les ficelles du métier. Ils empoignent viscéralement le texte avec passion dans toute sa violence, sa folie, sa poésie. Ils mordent à pleines dents dans le théâtre, ils sont leur personnage dans leur chair. Olivier Py évoque à juste titre « une esthétique du combat… comme si, pour chaque phrase, la vie en dépendait ».

L’interprétation de Macbeth est fascinante et nuancée. Si la violence et la folie donnent lieu à tous les déchaînements, les réflexions de Macbeth sur son destin, ses moments de lucidité et de clairvoyance et ses visions poétiques sont traités avec profondeur par un acteur « visionnaire ». C’est bien un Macbeth philosophe que nous offre Olivier Py !

On retiendra également la bonne interprétation de Lady Macbeth qui, plus qu’une épouse perverse apparaît comme un démon violent et avide de pouvoir, une parque qui tisse le destin de Macbeth, ainsi que celle de Macduff en militaire sage et dominateur.

Olivier Py nous offre ainsi une nouvelle et originale vision de Macbeth qui n’est pas une simple action sociale mais qui est avant tout « une recherche artistique… une esthétique du jeu où la parole est vitale… ». C’est un vrai et bon moment de théâtre !

Si le talent de ces hommes est inégal, il est incontestable que chacun prend son rôle à cœur, joue avec passion et vit sans doute des moments importants de sa vie. Le public, saisi par la force du spectacle et par ce contexte particulier, reste sous le coup de l’émotion et fait un triomphe à cette troupe de circonstance. Nous croisons quelques acteurs dans le couloir en fin de spectacle, les visages sont rayonnants, ils se confondent en mercis, la larme à l’œil. Une famille venue en nombre, vraisemblablement la mère et les frères et sœurs d’un acteur, étreignent leur « héros » avec force et émotion. Difficile d’imaginer ce que représente un tel moment pour ce détenu et sa famille mais on peut être certain que tous ressentent alors une immense fierté.

Jean-Louis Blanc

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