« AUTOBIOGRAPHY » : JE EST UN AUTRE

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FESTIVAL D’AVIGNON. « Autobiography » – Wayne McGregor – Cour du Lycée St Joseph – 18 – 23/07/19.

Wayne McGregor est né aux Etats-Unis mais il est chorégraphe résident au Royal Ballet de Londres, une institution, que dis-je un temple, de la danse formelle, une sorte de Ballet de l’Opéra de Paris… Et comme pour toutes ces grandes compagnies, il faut des « ballets » à leur mesure et c’est le cas de Autobiography, une pièce pour dix danseurs virtuoses et survoltés.

Comme dans les performances des années 70 des chorégraphes de la post-modern dance, Wayne McGregor reprend une idée chère à Merce Cunnigham et John Cage puisque, en dehors de la première et de la dernière séquence, toute les 21 autres sont tirées au sort par un algorithme. C’est tout de suite moins poétique que le Yi Jing, mais cela permet pas moins de 24 000 permutations possibles aux chorégraphes et aux danseurs ; qui dit mieux ! Ce principe vient du projet lui-même puisque – malin – pour déjouer les risques d’une réelle « autobiographie », Wayne McGregor ne veut pas parler « du passé » mais « de l’avenir »… Alors il s’est plongé dans les recherches sur l’ADN et le génome… ce qui explique en partie ces pyramides inversées suspendues au-dessus de la scène et qui forment le décor du spectacle. Entrecalés, des néons qui alternent avec ces rangées de représentations de l’ADN de l’Homme.

Autobiography me paraît être le parfait produit d’un certain courant de la danse. Wayne McGregor utilise le vocabulaire classique : pointe, battement, jeté, arabesque, attitude, porté… Ben Cullen Williams a composé une « structure sérielle » pouvant évoquer l’ADN, intercalant des moments de sons comme des bruits d’oiseaux dans la nature… Ensuite, des séquences telles que « éducation », « nature », « vieillissement »… se succèdent… Aitor Throup a créé pour l’occasion des costumes fluides et légers, noirs et blancs, qui jaillissent comme la danse dans les lumières très étudiées de Lucy Carter qui sait tirer parti de la Cour du Lycée St Joseph…

Cette pièce est donc bien le produit de ce courant, à savoir de la danse écrite au kilomètre, interprétée magistralement par des danseurs virtuoses qui placent leurs jambes derrière leur cou comme vous, vous levez le bras pour prendre vos lunettes !

Alors, bien sûr, cela impressionne et le public aime ce genre de prouesses exécutées par des danseurs jeunes et graciles, mais est-ce pour autant intéressant ? N’est-ce pas aussi une forme de pur divertissement sans queue ni tête ? Quelle est l’idée de faire venir une pièce de 2017 alors qu’il y a tant de productions d’excellents chorégraphes, mêmes internationaux si on va par-là, qui auraient pu occuper cette place enviée du Festival d’Avignon… On ne saura jamais…

Il y a toujours quelque chose d’étrange à se trouver devant un tel objet, de l’aimer pour ce qu’il est, et de trouver que tout cela est vain et ne va pas assez loin… Du coup, on ne peut pas dire qu’on s’ennuie, ni même que c’est mauvais, c’est juste inintéressant… formel, purement…

Emmanuel Serafini

Photo Dave Morgan

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