RIP 2021, LES RENCONTRES PHOTOGRAPHIQUES D’ARLES SUR LE PIED DE GUERRE : UN ETE DES LUCIOLES ?

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Rencontres internationales de la Photographies, Arles – 4 juillet – 26 septembre 2021

Les 50e Rencontres d’Arles auront bien lieu, sous conditions sanitaires strictes évidemment. Avec 40 expositions au programme, les RIP d’Arles se veulent une « radiographie de la création photographique dans le monde ». Art photographique, Photojournalisme, Photo de monde, pratiques hybrides… Les Rencontres constituent depuis 1970 un panorama vivant et vivace d’un art qui témoigne de l’incroyable force de l’image. Lors de l’édition de 2019, le festival a accueilli 145 000 spectateurs.

UN ÉTÉ DES LUCIOLES par CHRISTOPH WIESNER
Directeur des Rencontres d’Arles

Fallait-il inventer un nouveau rite de passage en ce moment si particulier ? Substituer à cette année blanche une nouvelle édition en technicolor ? Dans l’urgent du présent, il s’est agi avant tout d’un engagement. Celui des Rencontres d’Arles auprès des photographes, artistes, commissaires, des partenaires et des institutions avec lesquels le festival a noué des liens si forts depuis de nombreuses années. Loin d’envisager une tabula rasa nous invitant à rompre avec ce temps en suspens induit par la pandémie, il a fallu ensuite réfléchir à actualiser un héritage, celui de l’édition de 2020 construite par Sam Stourdzé autour du thème de la résistance, de cette photographie qui, selon ses mots, « se dresse, s’oppose, dénonce […] ré-enchante ». J’ai souhaité construire la programmation à partir de ces prémisses, en traçant des prolongements, des variations, des échos, de nouvelles complémentarités ou courts-circuits permettant de saisir aussi une intensité, une urgence à ce que les Rencontres d’Arles prennent le pouls de l’état du monde. Si l’horizon n’est pas encore dégagé, si la lumière sera cet été encore tamisée, il faut faire rendre perceptibles les éclats démultipliés saisis par les photographes et artistes invités.

Si Pier Paolo Pasolini avait saisi combien la tension entre les puissantes lumières du pouvoir menaçait les lueurs survivantes des contre-pouvoirs, Georges Didi-Huberman nous redonne l’espoir dans la Survivance des Lucioles (2009). Il s’agit avec lui de « reconnaître dans la moindre luciole une résistance, une lumière pour toute la pensée ». La photographie continue à émettre des signaux lumineux et à ouvrir l’espace pour de nouveaux modes de résistance. Au cœur de l’été arlésien, cette année sera comme une constellation, faite de mille feux illustrant la diversité des regards, la polyphonie des récits et symbolisant la survivance à travers l’image des espoirs et des prises de conscience.

Les lieux choisis pour le festival cette année offriront autant de scènes que d’atmosphères différentes, en résonance avec la diversité de la programmation. Celle-ci investira des lieux historiques et patrimoniaux du centre-ville, l’atelier de la Mécanique au parc des Ateliers, le Monoprix et Croisière, et ira jusqu’à habiter plusieurs jardins de la ville.

Au cœur d’Arles, dans l’église des Frères Prêcheurs, l’Émergence prendra cette année ses nouveaux quartiers avec le Prix Découverte Louis Roederer dans un format repensé. Chaque année un ou une nouvelle commissaire d’exposition insufflera dorénavant sa vision des tendances de la jeune création contemporaine. L’édition 2021 a été confiée à Sonia Voss, qui s’appuiera sur un nouveau concept scénographique mettant les projets en dialogue les uns avec les autres.

Notre promenade dans les espaces modernistes du bâtiment du Monoprix nous conduira à la découverte d’univers où identité et fluidité se côtoient. Exploration multi-sensorielle avec Désidération de SMITH, qui nous entraîne à la croisée des pratiques, où photographie, narration, fiction et dispositif ne font plus qu’un ; voyage vers un cosmos poétique, qui posera à chacun d’entre nous la question essentielle de notre existence au-delà des genres et des frontières. De même, alors que la pandémie nous amène à nous interroger sur les limites de notre humanité, Puisqu’il fallait tout repenser nous introduira à la scène latino-américaine à travers les pratiques féministes, sondant le corps mais également la société sous tous ses aspects. Le questionnement de la représentation est également abordé par l’exposition The New Black Vanguard qui célèbre celle du corps noir dans ses diversités à la croisée de l’hybridation des disciplines entre art, mode et culture.

Ces regards multiples sur le monde trouvent également échos dans l’introspection à laquelle se livre Pieter Hugo dans Être présent. Cette mise en lumière de la pratique du portrait nous conduira en divers lieux de la planète, mais nous fera toujours soutenir le « regard de l’autre ». Se tourner vers l’autre, vers des horizons lointains, c’est également ce que nous vous proposons avec la séquence Atlas. Là encore, il s’agit d’une invitation au voyage, ainsi que d’une cartographie aussi bien géographique, historique, sociologique que mental. Regards venus d’Afrique du Sud, donc, mais aussi du Soudan, du Chili et qui nous transporteront dans le monde entier.

Les Rencontres, ce sont aussi des retours sur l’histoire du medium et ses acteurs et actrices. Ainsi l’ouverture des archives de Charlotte Perriand nous permettra de découvrir que photographie et photomontage ont joué un rôle décisif dans son processus créatif, tant pour son développement esthétique que pour son engagement politique dans les années 1930. Et puis, comment ne pas mentionner Sabine Weiss, qui fête cette année ses 97 ans et dont les œuvres viendront habiter la chapelle des Jésuites du Museon l’Arlatan, nouveau lieu que les Rencontres investissent cette année.

Ce ne sont là que les premières lumières que ces Rencontres d’Arles offriront cet été, nous vous attendons donc avec la directrice adjointe du festival Aurélie de Lanlay et toute l’équipe pour découvrir ensemble le reste de la programmation dès le 4 juillet à Arles.

UN DES CHOIX DE LA REDACTION : « DÉSIDÉRATION » (ANAMANDA SÎN)
DU DÉSASTRE AU DÉSIR : VERS UNE AUTRE MYTHOLOGIE DU SPATIAL
Explorant la porosité des pratiques artistiques, scientifiques, de la philosophie et des narrations spéculatives, Désidération propose une autre mythologie du spatial, à travers la pensée d’une humanité interstellaire en quête de nouvelles alliances avec son cosmos originaire. Jouant sur le trouble de son étymologie, qui oscille entre le regret de la perte des étoiles (de-sideris) et le désir de leur retour, la désidération désigne à la fois une proposition de diagnostic et de remédiation au désastre contemporain, au capitalisme tardif, à l’anthropocène terrifiant. Notre civilisation semble avoir perdu quelque chose de fondamental dans son rapport quotidien avec le ciel étoilé. De ce fait discret, qui met en lumière les destructions matérielles et spirituelles de nos sociétés, doit procéder une nouvelle configuration de l’imaginaire, une zone à rêver où se forment de nouvelles mythologies peuplées de figures hybrides, pour inventer un nouveau pacte avec le cosmos. Ainsi, avec la figure terrestre d’Anamanda Sîn, on découvrira une nouvelle sensibilité, où les météorites constituent le lien entre le passé et l’avenir, la terre et le ciel, l’art et la science, le non-humain et l’humain, la mélancolie et le désir.

UN PROJET MENÉ PAR SMITH, DIPLOMATES ET LUCIEN RAPHMAJ. AVEC FRANÇOIS CHAIGNAUD, GASPAR CLAUS, NADÈGE PITON, ZÉLIA SMITH, ANNA MILONE, ADRIAN GEBHART, ETC.

LES EXPOSITIONS :

MASCULINITÉS
LA LIBÉRATION PAR LA PHOTOGRAPHIE
Mécanique générale

CLARISSE HAHN
PRINCES DE LA RUE
Mécanique générale

DÉSIDÉRATION (ANAMANDA SÎN)
DU DÉSASTRE AU DÉSIR : VERS UNE AUTRE MYTHOLOGIE DU SPATIAL
Monoprix

PUISQU’IL FALLAIT TOUT REPENSER
LE POUVOIR DE L’ART EN PÉRIODE D’ISOLEMENT
Espace Van Gogh

THE NEW BLACK VANGUARD
PHOTOGRAPHIE ENTRE ART ET MODE
Église Sainte-Anne

PRIX DÉCOUVERTE LOUIS ROEDERER 2021

FARAH AL QASIMI
MIRAGE DE LA VIE
Église des Frères Prêcheurs

KETUTA ALEXI-MESKHISHVILI
ORNEMENTS GÉORGIENS
Église des Frères Prêcheurs

MARIANA HAHN
ÉROS ET THANATOS EURENT UN ENFANT
Église des Frères Prêcheurs

ILANIT ILLOUZ
WADI QELT, DANS LA CLARTÉ DES PIERRES
Église des Frères Prêcheurs

JONAS KAMM
LES HABITANTS
Église des Frères Prêcheurs

TARRAH KRAJNAK
RITUELS DE MAÎTRES II : LES NUS DE WESTON
Église des Frères Prêcheurs

MASSAO MASCARO
SUB SOLE
Église des Frères Prêcheurs

ZORA J MURFF
EN AUCUN POINT INTERMÉDIAIRE
Église des Frères Prêcheurs

AYKAN SAFOĞLU
SIRIUS SE COUCHE
Église des Frères Prêcheurs

ANDRZEJ STEINBACH
L’APPAREIL
Église des Frères Prêcheurs

MARIE TOMANOVA
CE FUT JADIS MON UNIVERS
Église des Frères Prêcheurs

RIP : https://www.rencontres-arles.com/fr

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Image: 1- SMITH, Sans titre, série Désidération, 2000-2021. Avec l’aimable autorisation de la galerie Les Filles du Calvaire – 2- Affiche des Rencontres 2021

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