« ANY ATTEMPT WILL END IN CRUSHED BODIES AND SHATTERED BONES » : CORPS ECRASÉS, OS BRISÉS

ANY ATTEMPT WILL END IN CRUSHED BODIES AND SHATTERED BONES

75e FESTIVAL D’AVIGNON. « ANY ATTEMPT WILL END IN CRUSHED BODIES AND SHATTERED BONES » – Jan Martens – Cour du Lycée St Joseph – du 18 au 20 juillet puis du 22 au 25 juillet 2021 à 22h. 

CORPS ÉCRASÉS, OS BRISÉS.

Le Festival d’Avignon touche à sa fin, et c’est le moment qu’a choisi Olivier Py pour programmer de la danse et avec « Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones », du jeune et talentueux chorégraphe flamand Jan Martens. Avec lui, il tient le bon numéro, pour preuve, l’immédiate standing ovation lors de la première hier soir.

Il faut dire que Jan Martens n’a pas froid aux yeux ! Dans cette immense cour du Lycée St Joseph, il ne se cache pas derrière son petit doigt, avec un décor ou des Taïga réalistes comme la non moins talentueuse Anne-Cécile Vandalem. Non, du haut de ses 37 ans, il laisse la cour vide. A peine un croisillon de lignes blanches au sol et le voilà lancé avec ses 17 danseurs – vous avez bien lu : 17 ! ce qui, par les temps qui courent, et les difficultés à monter la production pour ne serait-ce qu’un duo, est un choix qu’il faut saluer et soutenir ! C’est aussi un acte politique revendiqué par le chorégraphe qui veut des singularités et des effets de masse pour sa pièce. On ne va pas être déçus ! Il veut aussi symboliser des résistances, les effets de masse des groupes de pression, des manifestations, comme celles sur le climat, par exemple.

Donc, dans les arches nature de la cour, magnifiquement éclairées par Jan Fedinger, commence à danser un homme seul et la trouvaille de ce spectacle c’est le « Concerto pour Clavecin et Cordes » de Górecki qui sera aussi répétitif que nécessaire pour porter cette pièce digne d’un problème de mathématiques avec des comptes, des entrées, des sorties de scène, des marches, à l’envers, à l’endroit, du temps qui passe, des danseurs animés, un texte de Kae Tempest et Dan Carey saisissant et des formules de Maxwell Roach tirées de “Triptych : Prayer/Protest/Peace”.

Ce solo ne s’éternise pas. Il laisse place à un duo. Une danseuse noire, une femme mûre. L’une statique qui porte ses bras loin au niveau de ses épaules et puis l’autre qui arpente la scène, qui saute de toute part. Une furie dans ce monde vide, saturé de sons de clavecins et de cordes. Splendide, déjà.

Jan Martens choisit de jouer le jeu musical comme naguère Anne Teresa de Keersmaker ou même, sur la même scène, William Forsythe… Bon héritage.

A peine le duo a-t-il quitté la scène que la porte au lointain voit s’annoncer un quintette. Górecki toujours là, fidèle avec son Concerto… A ce moment, la composition est un exercice de style, comme si le chorégraphe jouait à composer et décomposer des hypothèses de rassemblement, hommes/femmes – droite/gauche et pour preuve de sa prise de risque, il ajoute deux autres danseurs. Ils sont neuf, c’est étourdissant.

La musique se tait. Un habile contre-jour montre le groupe. Une danseuse revient et dans le silence répète les fondamentaux de la chorégraphie, nécessaires pour bien apprécier l’ensemble. Une longue marche va s’en suivre, un étourdissement de comptes, de croisements, un jeu d’échec grandeur nature que le chorégraphe règle au souffle près…

Habile, Jan Martens tente une drôlerie, sorte de distance dans une pièce qui pourrait apparaître austère sans cela… « Je suis né.e au 21ème siècle » dit une voix off et trois ou quatre danseur.seuse.s se retournent. Coup de vieux immédiat. L’auditoire rigole.

Les danseurs placés au sol, la musique reprend. Des fly-cases sortent des costumes rouges, c’est le théâtre, c’est la représentation… et la danse repart. Le public est saisi. Il ne moufte pas et c’est réussi.

Jan Martens n’a pas laissé que l’abstraction s’emparer du plateau. Il profite de ce porte-voix pour dénoncer ; dénoncer les excès des réseaux sociaux, des agressions verbales. Il montre – et on est choqué – tout ce qui peut s’échanger sur ces fameux murs de liberté sans que personne ne puisse arrêter ce flot abject…

De son époque et dans son époque, Jan Martens a fait un pari. Engagé dans son art comme dans sa vie. Il commence à déployer tout ce qu’il a appris de ces ateliers avec les jeunes, les femmes dans les quartiers.

Avec cette pièce, il fait à la fois une œuvre attractive mais non commerciale où se seraient entrechoqués les moments de pure danse. Il s’inscrit dans son temps, il démontre son talent.

Emmanuel Serafini

ANY ATTEMPT WILL END IN CRUSHED BODIES AND SHATTERED BONES

Photos Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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