« CELEBRATION » : LEUR MONDE D’APRES

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Célébration – Aïcha M’Bareck et Hafiz Dahou – création 2021 – Première Espace des Arts de Chalon sur Saône puis à Nantes en novembre.

Leur monde d’après

Ayant traversé les limbes des eaux profondes d’une « Narcose » emplie de noirceur, organisé une réunion de « Ces gens-là » – déjà porteuse d’un besoin de vie collective, avec ou sans Jacques Brel – une pandémie mondiale et quelques confinements plus tard, Aïcha M’Bareck et Hafiz Dahou signent, avec « Célébration », leur première pièce blanche – white cube – offrant un optimisme lumineux, aidés par la guitare de Jean-Noël Françoise, véritable quatrième danseur de ce trio fougueux.

Ces fauves de la scène emportent notre adhésion par le mouvement ample de leurs bras qui embrassent le ciel. Ils font oublier le sol où ils semblent à peine marcher, tellement la pression tellurique les pousse à nous entraîner au-dessus de nous-mêmes.

Sur le plateau de la petite salle de l’Espace des Arts de Chalon sur Saône, Johana Mandonnet, Stéphanie Pignon et Fabio Dolce vont, avec Jean-Noël Françoise, se livrer à un combat entre un monde obscur au lointain, à peine éclairé d’une rampe de néon, sorte de phare dans la nuit, et le monde merveilleux du blanc, tel un Eden de ce qu’il pourrait être, si…

La danse inventée pour l’occasion laisse la virtuosité physique de côté, au profit d’une écriture engagée, ample, qui soulève d’enthousiasme.

Parfois les bras se confondent avec les jambes, offrant une contorsion nouée avec le sol, ou encore, les portés sont à peine esquissés, laissant loin derrière la prouesse physique possible au profit d’une sensualité duelle qui émeut.

Fabio Dolce est d’une énergie féroce ce qui donne à sa danse des rebonds animal… Stéphanie Pignon, androgyne, semble la plus torturée dans ce nouveau monde. Son cri sourd à la face étant la preuve que tout peut repartir. Joahana Mandonnet négocie avec sa longue chevelure des duos sensuels avec le sol et se dresse, telle une flamme, comme pour se ressaisir…

Le choix de la musique live est très bien géré par les deux chorégraphes et, en plus de cet espace blanc, très inhabituel chez eux, la présence légère de Jean-Noël Françoise apporte toute la poésie qu’on n’attend pas d’un guitariste de rock.

La lumière crépusculaire de nuit blanche ou d’un vert spectral d’aurores boréales de Xavier Lazarini permettent ces passages entre le noir profond du fond de la scène et la rosée de ses lumières à la face.

Le va-et-vient des danseurs entre ces deux idéaux, avec la rapidité des boules d’un flipper, font qu’ils sont happés par le noir et retenus par le blanc. Les diagonales et lignes, sans cesse imposées par les danseurs pour se jeter à la proue de la scène, sont fortes et puissantes. Elles s’accompagnent de mouvements de bras vers le ciel qu’ils veulent embrasser, toute une stratosphère scintillante qu’ils veulent porter à tout prix, pour célébrer le monde qui peut advenir, celui où le calme et l’apaisement règnent, où les filles sautent joyeusement au cou des garçons, où les musiciens lâchent leur guitare pour écouter le silence, de nouveau.

Forte d’une énergie rythmée et vivace, « Célébration » est la contribution de tous ces artistes au monde d’après, rendant définitivement la danse essentielle à la bonne marche du monde.

Emmanuel Serafini

Photo Blandine Soulage

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