ROBERT COMBAS / GREATEST HITS : ON COMMENCE PAR LE DEBUT ET ON FINIT PAR LA FIN

 Rétrospective Robert Combas au Musée d’Art Contemporain de Lyon. / Jusqu’au 15 juillet 2012.

« Ma peinture c’est du rock » dit-il. D’où ce Greatest Hits de 650 pièces d’une liberté totale, jubilatoire. Absolue. L’oeuvre monumentale de Combas s’installe frondeuse, frontale, joyeuse, vivante, intègre, solaire ; elle tapisse les murs du Musée d’art contemporain de Lyon jusqu’à mi-juillet.

Robert Combas est né en 1957. C’est un enfant d’une culture post-moderne complète. Il est nourri des nouveaux médias des arts populaires : le rock, la Bd, la publicité, la télévision, les satellites, etc. Ces nouveaux sésames d’ouverture au monde sont son premier éveil sensitif et artistique. Plus tard, alors qu’il est étudiant aux Beaux-Arts, une fulgurance tient lieu de point de départ à son oeuvre : « Tout a, de toute façon, déjà été fait » Cet « à quoi bon » sert à la fois d’épitaphe et d’acte de naissance.

Il libère ce qu’il reste à créer, à imaginer, à inventer, à explorer. L’art de Combas sera décomplexé, dégagé des culpabilités sociales et culturelles. Ce ne sera pas une peinture imitatrice ou amatrice de plagiat. Ce ne sera pas un parcours de pénitence, il ne servira pas d’exorcisme à l’artiste maudit, tenu en captivité dans sa propre geôle.

Une peinture nouvelle génération est née. C’est brut et raffiné. La matière sort dehors, elle prend l’air, s’en inspire. Ce sera plein, lumineux et libre. Son territoire est vaste, investi, saturé de vitalité. Le style de Combas est trouvé, à la naissance d’une nouvelle figuration libre.

Dès 1980, ce mouvement artistique active une rupture avec la plaisance esthétique, avec le maniérisme académique ou conceptuel de l’art ambiant. Il en est totalement affranchi. Il démystifie ce que l’art joue de sa condescendance, de sa honte, pour le populaire. L’artiste explore et exploite, à l’inverse, ce « matériel »-là. La peinture de Combas res/suscite, du linceul élitiste des statiques mortuaires, un souffle expressif d’une créativité prodigieuse et colorée, qui se met à rire et à crier.

Son nom sonne très vite en deux syllabes subliminales et volontaires. En très peu de temps, sa figuration brute désacralise l’Artiste. Elle lui défait son long carnage, romantique et romanesque. Elle lui rend ses affaires de citoyen et de mitoyenneté, elle le remet dans son naturalisme premier. Elle se moque du narcissisme du créateur. C’est alors un engagement païen et profane dans le sérail de l’Art.

Combas insuffle la proximité, il partage la culture pop, se baigne dans les matériaux du vivant (l’art en tout, partout, de tous, pour tous),  il s’en fait matière. Son oeuvre peint joyeusement le spectacle de nos histoires, petites ou grandes. Elle peint spectaculairement nos dépendances, nos urgences, nos liens à nos matières premières, nos ingestions culturelles, nos digestions corporelles, nos addictions émotionnelles. Il rend crédible l’artiste à son art.

Enthousiaste, généreux et d’un optimisme transmissible, l’art est un émetteur, transmetteur, un entremetteur de sensations, d’émotions, un messager de connivences partagées. C’est luxuriant, assumé, frénétique, populaire, urbain, esthète, cosmopolite, spontané.

Ses personnages, héros ordinaires, symboles de mythologies antiques, imageries contemporaines, sont lâchés dans la truculence du quotidien. C’est nerveux, presque brutal, le corps – aux chairs dressées, est souverain, sanguin, primordial. L’humain, l’animal, idem. Le sublime tutoie le trivial et à l’avant-scène, ce qui relie notre saint goût pour le « malsain » est exhumé, vitalisé, et même légitimé.

L’expression de cette figuration est universelle. Combas malaxe la couleur, la matière est pleine. Il façonne des volumes, cernés au noir pour une agressivité sentimentale, concernée, qui ne s’excuse pas. L’œuvre creuse les murs, fend l’air, attrape, l’asphyxie en apnée, et expulse plus loin, plein de tout, à bout de souffle. C’est ultra-vitaminé, énergique, sensuel, explicite d’un expressionnisme radical. Ca n’obéit à personne, ça ne désobéit à rien.

On voit l’exposition de loin, présente, imposante. On ne s’en défait pas, comme ça, au premier angle mort obtenu en partant ; ça transpire, ça imprègne, on garde les flux, on garde l’odeur en soi. C’est énorme, très riche et savoureux. Il faut s’y prendre à plusieurs fois pour faire le tour de l’ensemble de ces 650 pièces. Sachant qu’une œuvre, déjà convoitée et déshabillée du regard, aura une toute autre dimension la fois suivante.

Invité et résident dans le temple lyonnais, Robert Combas a la politesse de prendre toute la place, d’honorer toute l’hospitalité qui lui est faite. Il n’est pas pingre de l’espace. Il s’accroche et s’étale. Magnifique.

Katia Jaeger

Robert Combas Greatest Hits / MAC Lyon / Jusqu’au 15 juillet 2012 / Renseignements : www.mac-lyon.com/mac/sections/fr/expositions

visuels : Copyright Robert Combas / Courtesy Robert Combas Greatest hits / MAC Lyon

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