RADOUANE EL MEDDEB : « AU TEMPS OU LES ARABES DANSAIENT », EN CHANTIER AU CCN DE MONTPELLIER
DANSE : Radouane el Meddeb en résidence au CCN de Montpellier.
Mercredi 25 Septembre, le chorégraphe Radouane el Meddeb présentait les chantiers mis en route lors d’une première semaine de résidence au Centre Chorégraphique National de Montpellier.
Dans le superbe studio Bagouet (on ne redira jamais assez à quel point cet outil est formidable) se sont retrouvés une cinquantaine de spectateurs bienveillants qui sont venus accompagner le travail en donnant leur point de vue et leurs ressentis sur le projet naissant et balbutiant de Au temps où les arabes dansaient. Bien qu’en gestation très précoce, ce qui a été donné à voir ce mercredi augure d’un spectacle fort et bouillant, à l’image de son chorégraphe.
Sous leurs pieds, le paradis, sa dernière création était un solo dansé sur Al Atlal (les ruines), poème chanté pour la première fois en concert par Oum Kalthoum en 1966. Déjà, il convoquait la mixité des sens et des univers dans une pièce très personnelle et intime.
Tout est parti des films orientaux, notamment égyptiens, des années 1932 / 1952 (début du parlant / début de la révolution égyptienne). Le chorégraphe a envie de montrer, au temps des révolutions arabes, « ces films où l’on dansait beaucoup, où l’on buvait beaucoup de vin ». Ce cinéma a fondé une esthétique de liberté, un langage singulier de la danse dite orientale qui a ensuite transpiré dans toute la littérature, la musique et la poésie de langue arabe.
Quatre hommes (peut-être un cinquième sera de la partie) inspectent la danse classique orientale. Quatre personnalités, quarte origines différentes, quatre présences scéniques très distinctes. Tout le travail repose sur de petits éléments (ceux qui veulent du grand spectacle de danse orientale en seront pour leurs frais), de petits mouvements, des regards. Car la quasi-intégralité de la pièce se joue de face. Face au spectateur, face au monde, comme un combat mano a mano qui dit la volonté des hommes de danser, en toute simplicité. Il y a lutte, il y a compétition virile entre ses hommes et nous. Ils parlent au monde, à la société, viennent hurler avec leurs corps l’affrontement politique.
Souffle, son lancinant, parole ou prière, mouvement de bassin, geste du pied… tout fait bois pour cette appropriation par les hommes du mouvement féminin. Le spectacle devra encore trouver son équilibre entre érotisme masculin, féminin, homo-érotisme pour que cet combat/rencontre ne s’enferme pas dans une case de notre esthétique pré-conçue.
Au loin les bruits de la ville parviennent à traverser le studio. Et tout d’un coup le monde extérieur paraît lointain. Le monde sensible de Radouane el Meddeb se charge, nous charge et explose de sensualité sur la scène comme à l’intérieur du spectateur. On attend la suite !
Bruno Paternot
Visuel : Samia Gamal dans « Valley of the kings »


























