YEUNG FAÏ, UN DOCUMENTAIRE MARIONNETTIQUE QUI DENONCE LA CHINE

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BLUE JEANS : Théâtre de Marionnettes de Yeung Faï / Du 4 au 15 février au théâtre Sylvia Monfort.

Made in China : une étiquette qui nous remarquons sur une majorité de nos vêtements. Cela concerne notamment le célèbre Jean, dont, aujourd’hui la production se fait pour un tiers en Chine. Au sud-est du pays il y a la ville de Xintang, qui est connue aujourd’hui sous l’appellation de Capitale du monde de jeans. Selon un rapport récent de Greenpeace et, comme le souligne Audrey Garric dans un article paru dans Le Monde le 28 février, Xintang produit plus de 260 millions de paires de jeans, soit 60% de la production totale de la Chine et 40% des jeans vendus aux Etats-Unis chaque année. Le 40% de ses jeans sont exportés en Amérique, en Europe ou encore en Russie.

Au théâtre Sylvia Monfort, Yeung Faï, maître incontesté de la manipulation et de la fabrication de marionnettes, issu d’une grande famille de marionnettistes chinois, raconte et dénonce avec poésie l’horrible industrie du jean en Chine. Nous pouvons à juste titre parler de documentaire pour sa création. Le grand maître nous informe, nous interroge et nous dévoile ce qu’il y a derrière notre monde contemporain capitaliste et globalisé. Un monde où tout le monde veut vivre aisément, dans l’opulence, mais à bon prix. Ces bas prix que nous prétendons payer en occident ont, en revanche, une contrepartie bien chère : misère et conditions de vie indécentes, pollution et désastres écologiques.

Blue Jeans raconte l’histoire de deux sœurs nées dans une famille rurale de la Chine d’aujourd’hui. La pauvreté est telle que l’une des deux sœurs jumelles devra être vendue à la naissance. Les personnages, les décors et l’histoire semblent parler d’un monde loin, d’un passé qui n’existe plus, qui ne devrait plus exister. Non, c’est bien le présent : nous sommes dans la Chine de notre époque !

Sur le plateau le public est face à une famille dont la misère les contraint à mettre en vente leur propre fille. Qui d’entre elle se sauvera de cette horrible fatalité ? Puis nous nous rendons compte que la chanceuse, la fille destinée à rester auprès de sa famille, n’échappera pas pour autant à un destin néfaste. Cette sœur partira, dès que possible, pour ces grandes métropoles où des usines embauchent la jeune main-d’œuvre, esclaves modernes du monde du bien-être. Nous la regarderons travailler jusqu’à l’épuisement dans une usine de jeans, nous l’observeront dans sa vie suspendue, obligée de se plier à des conditions à la limite de l’humanité : il ne s’agit plus de vivre mais de survivre.

L’esthétique extrêmement soignée, la finesse et la beauté de la scénographie, des personnages tantôt humains tantôt marionnettes, nous bercent tout au long de cette incroyable réalité : la poésie raconte le sombre et Yeung Faï a fait ce que l’on peut qualifier de l’art.

Le metteur en scène a su mélanger avec équilibre et finesse le théâtre d’objets et la vidéo à la marionnette. Un système ingénieux de paravents, très agréable à voir, permet de projeter les vidéos, changer de contexte et de temporalité, passer d’un personnage à l’autre. Puis Yeung Faï n’hésite pas à employer différentes techniques traditionnelles : chinoise, avec la marionnette à gaine, et japonaise, avec la marionnette bunraku.

Dans la tradition chinoise la marionnette à gaine est un type de marionnette qui gaine, habille un ou plusieurs membres, le plus souvent la main du manipulateur. En revanche dans le bunraku, issu du théâtre japonais, nous trouvons des marionnettes de grande taille, manipulées à vue[]. Les manipulateurs se déplacent en position de kathakali, jambes à demi fléchies, c’est pourquoi ils sont contraints de faire beaucoup d’exercices physiques et d’assouplissement afin d’être les plus agile possible.

Entre prise de conscience politique et dénonciation, entre tradition et modernité, Blue Jeans nous plonge dans une fable qui fait appel à la responsabilité que chacun de nous a envers le monde.

Cristina Catalano

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