JUAN PABLO MACIAS, « WORD NOT TEXT NOT LAW », GALERIE MICHEL REIN

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Juan Pablo Macias : Word Not Text Not Law / Comm: Angeles Alonso Espinosa / Galerie Michel Rein, paris-Bruxelles / 5 – 26 septembre 2015.

La galerie Michel Rein présente la première exposition personnelle en France de Juan Pablo Macias. L’oeuvre de Macias étudie le lien entre les systèmes de représentation et l’émotivité et, par analogie, entre la connaissance du pouvoir et le savoir insurrectionnel. Avec ses actions, ses interventions, son travail sur les archives et ses projets éditoriaux, l’artiste souhaite provoquer des tensions entre l’institution, la pratique de l’art et le domaine social, abandonnant les sémantiques plates grâce à des programmes qui agissent directement sur le corps biologique, social et économique. Son travail a été exposé dans de nombreux musées, à Mexico ainsi qu’autour du monde : Villa Romana, Florence (2014) / Kunstraum, Munich (2013) / MUCA ROMA, Mexico (2012) / National Center for Contemporary Arts, Moscou (2007).

La parole libertaire et le dialogue se trouvent au cœur de l’œuvre de Juan Pablo Macias (Mexico, 1974). Pour Macias l’art est, avant tout, un dialogue : « non seulement avec le public ou avec notre temps, mais avec un héritage culturel, avec les anciens, avec l’avenir, avec diverses institutions et associations … le dialogue se fait avec un système d’objets, avec des logiques de représentation pour lesquels ce qui compte, c’est la manière dont on investit notre temps et nos affects ».

Engagée avec la diffusion et la préservation de la littérature anarchiste, sa pratique pluridisciplinaire associe sa recherche dans les archives, son propre statut de lecteur et son rôle d’éditeur afin d’approfondir la relation entre l’individu et le texte : « relation qui sur le principe de réalité de notre société et de ses institutions, se trouve aliénée, séparée de la chaleur et de l’humidité qui l’ont produite ». Il utilise la photographie, la vidéo, l’installation, des interventions et des actions, pour libérer la parole des contraintes institutionnelles qui l’ont cantonnée dans les diktats de la loi, qui l’ont réduite à la convention des codes avec un statut légal assujetti à la propriété.

Sa démarche est un pari sur le pouvoir émancipateur du langage. Un appel pour se réapproprier du désir, pour reconstruire des liens en dehors d’une superstructure schizoïde où il est essentiel que l’art ait un impact concret sur la réalité. La récupération, traduction et diffusion du livre de Jose Oiticica « The anarchist doctrine » accessible à tous autant que la création de BAS (Banca autonoma di sementi liberi da usura / Banque autonome de semences libres d’utilisation) avec des paysans des Abruzzes en Italie en sont des exemples.

Le lien métaphorique entre les idées et des semences est fondateur de cette exposition « Que sont les graines sinon des idées ? Les graines et les idées composent la substance humaine, son élément vital… sa sève ! Pour Deleuze, c’est toujours le Hylè, ce continuum amorphe, qui délimite le tout dans le cosmos, qui éveille le désir, qui engendre la vie en tant que création, en tant que connaissance, mais aussi en tant que tyrannie. Que représentent les graines sinon le désir de dialogue entre les humains et la nature ? Qu’est-ce que les graines portent en elles si ce n’est la connaissance humaine ? Que sont les idées si ce n’est la praxis du bonheur humain sur terre ? Pourquoi entraver cette praxis ? Pourquoi n’envisager cette relation à la terre qu’au travers du prisme de l’exclusivité ?  »

A l’instar du paysan, Macias sème des mots, des idées, en creusant dans les murs, avec la transpiration et la chaleur produites par son travail, il s’approprie ces mots à même le corps par des tatouages et les fait sortir du cube blanc des musées et des galeries par le biais de sa maison d’édition Word + Moist Press, par son magazine Tiempo Muerto et par des projets comme BAS en créant des liens entre les institutions, la pratique artistique et le champ social.

Angeles Alonso Espinosa
Juillet 2015

Visuel : « Tatoo », 2014 – digital print on Hahnemühle – 31,9 x 48 cm / Copyright the artist

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