FESTIVAL D’AVIGNON. « LIEUX COMMUNS », UN THRILLER SOUTENU ET REALISTE DE BAPTISTE AMANN

78e FESTIVAL D’AVIGNON. Lieux communs – Texte et mise en scène : Baptiste Amann – L’autre scène du Grand Avignon les 4, 5, 6, 8, 9 et 10 juillet à 11h.
C’est dans un thriller soutenu, accrocheur, réaliste que Baptiste Amann nous entraîne dans cette nouvelle création. Le fil conducteur est la mort par défenestration d’une jeune femme, fille d’un notable d’extrême droite, qui avait passé la nuit avec un jeune homme racisé, issu d’une population discriminée et rapidement suspecté de meurtre.
Baptiste Amann propose quatre situations sans lien apparent, à différentes époques ultérieures, a priori sans aucun rapport avec le drame à l’exception de l’interrogatoire du suspect dans le sous-sol glauque d’un commissariat de police. Les autres situations nous conduisent dix ans plus tard dans les coulisses d’un théâtre dont l’entrée est bloquée par des militantes féministes, puis dans la loge d’un studio de télévision et enfin dans l’atelier d’un restaurateur de tableaux. Situations imbriquées entre elles dans lesquelles le crime initial apparait en filigrane, marquant les esprits de manière directe ou indirecte.
Les jeux sont réalistes et les personnages complexes, irrésolus, agités par des questionnements intimes, à la recherche de leur vérité et du comment vivre ensemble, comment faire lieux communs.
L’action est rondement menée et les scènes s’enchaînent dans des registres différents, allant de la violence à la poésie en passant par l’introspection et l’humour. Des scènes paraissant parfois sans rapport avec le sujet mais dans lesquelles le drame initial apparait au détour d’une phrase de manière inattendue. L’accompagnement musical revêt également une grande importance et contribue à maintenir une tension et un intérêt permanent, toujours en rapport avec l’action et allant de rythmes brutaux à la délicate sensibilité d’un Rimsky Korsakov.
A noter que Baptiste Amann, dans son analyse, insiste sur l’influence d’un certain virilisme sur la victime et le présumé coupable. Dans un cas un virilisme de conquête issu du système colonial, du patriarcat, de la finance, dans l’autre cas un virilisme de défense inhérent aux lignées d’hommes discriminés. On peut être surpris de cette vision très personnelle qui sous-entend l’existence d’un bon et d’un mauvais virilisme. Comment ignorer également le virilisme hérité des cultures patriarcales de ceux qu’il désigne comme des hommes discriminés ?
La scénographie repose sur une structure à deux niveaux superposés qui propose quatre espaces de jeux et qui laisse supposer que l’on est dans des lieux clos où s’agitent des microcosmes à l’écart d’un monde qui s’ouvre sur l’arrière-scène, successivement les coulisse d’un théâtre, le sous-sol d’un commissariat, une loge se studio et un atelier d’artiste. Un dispositif scénique particulièrement bien adapté aux quatre situations que présente la pièce.
Le texte de Baptiste Amann est fondé sur le langage quotidien et contribue au réalisme des situations. L’écriture est fluide, traduit avec nuances toute la complexité des personnages et porte le spectacle de bout en bout, sans répit, tenant le public en haleine. Un talent d’auteur qui se double d’un talent de metteur en scène au travers scénographie et d’une direction d’acteurs efficace.
Une pièce portée par une excellente troupe d’acteurs motivés et faisant corps avec leur personnage, qui déroule un scénario complexe et judicieux à la manière d’un thriller.
Jean-Louis Blanc
Photo Pierre Planchenault

























