LA COLLECTION DAVID ET EZRA NAHMAD S’EXPOSE A SETE

Corot-Beach-near-Etretat,-1872,-NG-Washington[1]

Collection David et Ezra Nahmad :   « impressionnisme et audaces au XIX siècle » / du 29 juin au 27 octobre 2013 / Musée Paul Valéry, Sète.

Le Musée Paul Valéry de Sète propose 70 tableaux issus de la collection Nahmad «Impressionnisme et audaces du XIXè siècle». Cette proposition fait partie d’un triple projet de découverte et de mise au jour vers le grand public d’une des plus belles collections privées au monde d’art moderne. Zürich, Monaco et Sète accueillent chacune une partie du fonds.

Cinquante ans d’amour de la peinture ont permis à ces galeristes d’acquérir de multiples trésors. Des milliers d’oeuvres pistées et accumulées qui forment une richesse patrimoniale hors du commun. Avec une belle habileté, les trois destinations vers lesquelles les mordus pourront s’acheminer présentent une partie de la collection. Miro et autres à Zürich, Picasso à Monaco et à Sète l’heureux  choix d’un florilège qui laisse pantois. Sur soixante-dix oeuvres, cinquante à couper le souffle.

L’avantage d’une collection particulière est que le spectateur convié à la traverser est d’emblée confronté à un parti-pris, à une sensibilité signée. Il n’aurait pas, en tant que visiteur occasionnel, fait ces choix, ne comprend pas toujours le rapprochement entre tel artiste préféré à un autre mais incidemment, telle oeuvre oubliée, tel portrait ne payant pas de mine se révèle par l’accrochage et la juxtaposition d’une justesse confondante par la modestie même de ce qui est élu. Cette délicatesse et qualité de discernement se voit particulièrement avec les Corot et les Sisley, le choix opéré par ceux qui les ont repéré et acheté est fait sans esbroufe, les tableaux de rêve de Sisley à Saint Mamet touchent la part magique de l’observation. Ce géant de la neige et du silence est célébré là par les Nahmad dans un éblouissement schubertien qui ne peut que transir quant à Corot, ce grand fondateur du dépouillement, son moulin aux panneaux de bois gris délavé et plus loin son miniscule tableautin de 19 x 26 Femme et enfant à Etretat de 1865 où il n’y a que la coiffe discernée par trois traits nous confirment sa science du rejet de l’effet, la sécheresse, quasiment le défaut de couleur qui prodigue une belle ingratitude, signent la venue de la modernité par un ciel d’étoupe, un reflet d’étang incroyable dans Ville d’Avray  Vachère à l’étang.

L’ensemble collecté au cours d’un demi-siècle confirme une pertience du jugement même si ce dernier reste entaché des enjolivures de Gustave Moreau et de la rare insipidité rayonnante de Renoir. Nobody is perfect. Une ambiguité subsiste sur la qualité des acquisitions : en ayant le courage de se procurer un Bonnard sombre et rare, contre-champ marron et noir de deux femmes en train de coudre dans la pénombre, cela n’empêche par ailleurs de concéder à l’art bourgeois une place de choix, le bonheur bêtifiant de La leçon d’Auguste Renoir de 1906, les joues pommes d’api de calendrier des PTT qui ne peuvent évidemment déranger personne. Nous réalisons, à l’occasion de ces écarts dans la convention, que ces collectionneurs sont des autodidactes qui ont façonné leur instinct du jouir sur le tas dans les salles des ventes ou dispersions d’autres collections, donc les adhérences ont leur place et les vieilleries n’ont pas été élucidées encore moins évacuées alors que le goût n’était pas encore sûr.

En dépit de cette réserve, d’autant plus que l’audace vis-à-vis de Courbet et de Signac est plus que seyante, l’exposition est fastueuse. Ne manquez pas ce plaisir dans un musée rénové. Ainsi que le bain dans une véritable passion pas toujours intransigeante.

 Emmanuel Loi

Visuel : Corot : Beach near Etretat, 1872, National gallery, Washington

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