RETOUR SUR LES « OFF » DE LA FIAC : YIA, SLICK & SHOW OFF
Retour sur les Foires « Off » de la FIAC 2013 : YIA, Slick, Show Off
L’agitation de la Fiac retombée, quelques noms continuent à résonner dans la tête, faisant signe vers des œuvres fortes et singulières. Que la plupart de ces artistes soient exposés dans les foires off n’est pas étonnant. Cela confirme, à chaque nouvelle édition, un heureux alliage entre une véritable audace prospective des jeunes galeries qui prennent des risques et soutiennent des artistes de la nouvelle génération et une exigence artistique de plus en plus affirmée.
La puissance des vagues entrainant dans leur acharnement contre les rochers de Sainta Maria Magdalena, un délitement de l’image et une explosion de couleurs inouïe dans le film génératif de Jacques Perconte (représenté par la galerie Charlot) marque la 8ème édition de Show Off. Un focus sur la foisonnante scène numérique québécoise qui gravite autour du centre d’art Perte de Signal et du festival Elektra, confirme le changement de cap et la nouvelle identité de cette foire qui œuvre, depuis l’année dernière, pour la reconnaissance des arts numériques.
La foire Slick Art, également à sa 8e édition, s’installe sur les Berges de la Seine au niveau du Pont Alexandre III, à quelques pas de la Fiac. La belle découverte se niche dans les espaces de la galerie Paris-Beijing, qui invite l’artiste coréen Unzi Kim. Son installation vidéo, Be-ing Space, 2013, consiste en des projections en simultanée sur les quatre parois d’une lightbox. Cette pièce distille insidieusement le sentiment d’intégrité et plus encore, une incroyable consistance corporelle. Son atmosphère impondérable, ouatée, raréfiée et l’étonnant sentiment de flottement indissociable de cette présence, ne font qu’augmenter son pouvoir de fascination. Nœuds de branches, bois de feu, poussière d’étoiles, élixirs et potions de toutes sortes, confettis évoquant les lendemains de fêtes et gants qui portent la promesse d’une caresse, ready-mades ou créations exclusives, les Sentimental Products de Joël Andrianomearisoa investissent le stand de la Revue Noire. De surprenants territoires poétiques se déploient au contact de ces objets dérisoires qui ont le don de préserver et de transmettre, intacte, la charge émotive, indicible, de chaque instant du quotidien. Pour gouter pleinement l’atmosphère envoutante de Sentimental Acte II, rendez-vous dans les espaces de la galerie, dans le 14ème arrondissement, jusqu’à la fin décembre.
Pour sa 3e édition, YIA essaime d’excellentes découvertes dans ses quatre espaces parisiens. Souvenirs d’enfance larvés ou génériques et résidus d’une culture populaire communément partagée nourrissent secrètement les sculptures de Beat Lippert. Le jeune artiste suisse avait déjà fait de l’art du déplacement, autant physique que réflexif, un des principaux vecteurs de son travail. En 2010, pour son Extase en aval, il emportait sur la Seine, du Louvre jusqu’au Havre, une copie conforme de la Victoire de Samothrace rivée sur un radeau de fortune. Dans le cadre de la YIA, avec sa série Chimérisation, il se livre, sur le stand situé à l’espace Turenne de sa galerie parisienne 22,48m2, à un exercice d’archéologie hors du commun. Beat Lippert arpente une pré-histoire fictionnelle, que ses sculptures, moulages en résine de peluches ordinaires, renferment dans leur mutisme fossilisé. Parmi les dernières pièces de la série, une créature mi enfantine, mi inquiétante, déploie des ailes de chauve-souris. Cette sculpture, en annonçant le passage imminent vers un imaginaire plus sombre qui regarde du côté des gargouilles, présage à elle seule un devenir chimères des figures plastiques de Béat Lippert.
Etats de la matière, l’installation vidéo de Pauline Bastard, exposée par la galerie Eva Hober à l’espace Commines, témoigne d’un travail du devenir poussière à la patience et à l’obstination démesurées, ainsi que d’une certaine poétique du dérisoire, du fragment et de la trace. On songe au projet de Lara Almarcegui, présentée à la 55ème Biennale de Venise, qui quantifie et amasse en tas distincts les différents matériaux et composantes premières qui constituent l’édifice du pavillon espagnol. L’artiste française, avec une sensibilité tout autre, s’attache quant à elle à rendre l’âme de la bâtisse au paysage, en y dispersant les ruines réduites en poussière, dans un geste qui se charge de la force secrète des rituels apotropaïques.
Un danger mortel se love dans la technique que met en place Shine Shivan pour ses dessins. Du venin de serpent est mêlé à l’encre dans les grands formats que l’artiste indien, invité par Hervé Perdriolle, expose à l’espace Richard Lenoir de la YIA. La violence contenue et insidieuse des traits minutieux réalisés à l’aide d’une épine de cactus qui vient se poser sur le papier marouflé n’est pas sans rappeler les gestes méticuleux de Julien Salaud, qui tisse ses toiles blanches autour d’énormes clous pour faire surgir ses Danseurs étoiles. L’artiste français, représenté par la galerie Suzanne Tarasiève, montrait plusieurs de ses pièces désormais iconiques dans le cadre de la Fiac Hors les Murs à l’Espace des Blancs Manteaux dans le Marais. Une même dynamique muée par des questions de genre, labourée par un érotisme qui hurle son nom pourrait faire ces deux artistes se répondre en tant qu’officiants d’une fantasmée, insoupçonnable fratrie païenne.
Smaranda Olcèse
Images copyright : Pauline Bastard, galerie Eva Hober, Beat Lippert, galerie 22,48m2, Julien Salaud, galerie Suzanne Tarasiève




























