HOW TO WRITE III : DIETER ROTH, EMMETT WILLIAMS, ARTHUR KÖPCKE, TOMAS SCHMIT, GALERIE WIEN LUKATSCH
Correspondance à Berlin.
How to write III : Arthur Köpcke, Dieter Roth, Tomas Schmit, Emmett Williams / Galerie Wien Lukatsch, Berlin (DL) /22.02 – 04.04.2014.
La galerie, librairie et maison d’édition Wien Lukatsch consacrée aux livres d’artistes présente le troisième chapitre de la série d’exposition « How to write » avec des oeuvres de Arthur Köpcke (1928-1977), Dieter Roth (1930-1998), Tomas Schmit (1943-2006) et Emmet Williams (1925-2007).
Des artistes proche les uns des autres et également des fondateurs de la galerie. Chacun a participé à la naissance et au développement des recherches Fluxus ou y a au moins été affilié (parfois contre sa volonté). Peintres, sculpteurs, écrivains, performeurs et poètes, leurs pratiques doivent être comprises dans leur effarante pluralité. L’usage du langage comme matériau, qu’il soit imprimé, élément visuel ou déclamé, a pris une place essentielle dans ces inclinations conceptuelles. Dès l’entrée nous sommes prévenus : il n’y aura pas de photographies à prendre, « »How to write III » n’est pas une exposition, il n’y a pas d’images, pas d’objets ni de films à voir ». Néanmoins, si il n’y a rien à ‘’voir’’, il y a beaucoup à écouter. Chacun des artistes est isolé dans une pièce de la galerie-appartement, exclusivement arrangée par des chaises, matelas tatami et système sonore. Nous sommes alors invités à nous asseoir ou nous allonger et apprécier une sélection de textes écrits et lus par les artistes eux-mêmes.
Ce choix du presque-vide fonctionne comme un subtil palliatif à l’absence des artistes et poursuit les procédures à l’origine de Fluxus. Dans un entretien avec Judith A. Hoffberg, Emmet Williams distingue l’importance de l’objet entre Fluxus en Europe et aux États-Unis. « […] Au début, il n’y avait pas d’oeuvres, il n’y avait rien à mettre aux murs et rien à regarder, […] En fait ce qui distingue Fluxus US de l’européen, c’est qu’aux États-Unis, Fluxus commença à faire des boîtes, et nous en Europe on continuait dans la tradition de la performance » (Judith A. Hoffberg & Emmett Williams, Umbrella, volume 21, number 1, 1998, p. 3-7. )
Dans ce contexte, les précieux enregistrements des textes diffusés dans l’espace de la galerie ne doivent pas être distingués de leurs pratiques artistiques, ils ne sont pas à voir comme des commentaires a posteriori vis à vis des oeuvres plastiques mais bien comme oeuvres eux-mêmes. Cette distinction est essentielle, si les textes écrits par des artistes sont d’une grande importance pour la théorie et l’histoire de l’art, c’est bien ici l’usage de la langue comme médium et terrain d’expressions performatives.
L’absence de contextualisation, documentation biographique ou repères visuels à disposition évite la pétrification historique et apporte au contraire une vitalité retrouvée aux oeuvres. Expressions trop souvent présentées par rapport à leur proximité avec Fluxus, elles retrouvent ici une remarquable indépendance.
Cette présentation minimaliste nous offre un moment trop rare : faire ou refaire l’expérience des textes seuls, dans leurs langues et voix originales, leurs accents, intonations, textures, rythmes et variations. Cette session d’écoute nous permet de nous concentrer sur ces formes expérimentales dans leurs premiers moyens opératoires et résonnent alors comme un vibrant hommage aux artistes.
Gauthier Lesturgie
Visuels : vues de l’expo, photos Petra Graf



























