FRANCOISE GILLARD & CLAIRE RICHARD, « L’AUTRE » EST DANS LA SALLE…

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Françoise Gillard et Claire Richard, L’Autre > Au 104, du 23 au 24 janvier 2015.

Cette pièce labellisée « Comédie française », cherche à exprimer par le corps et par la scène un inconnu fondamental : l’Autre. Dans une scénographie léchée à l’extrême, les comédiens dansent – mal – et l’on entend des bribes de textes tirés d’interviews réalisées avec des inconnus. Bien loin d’avoir offert au spectateur un « moment privilégié », pour reprendre l’expression sartrienne citée dans le spectacle, L’Autre déçoit. Là où les metteures en scène ont voulu mettre du corps, elles ont plaqué des signes.

Car c’est bien de quoi il s’agit. Par de petits gestes simples – main sur l’épaule, bras tendu à l‘horizontal, doigts qui imitent le vol d’un oiseau – la danse semble emprunter au langage des signes sa volonté de traduction directe du réel. Sans distance entre le propos et le corps, le spectacle manque la chair, réceptacle émouvant de notre relation à l’altérité. Au lieu de faire vibrer le mystère, la pièce fait parler l’inconnu quitte à verser dans le bavardage.

Et l’on assiste parfois à des scènes dignes d’un guignol qui voudrait se faire passer pour sérieux. Que ce soit la transcription littérale des paroles de la chanson Voyage, voyage reprise par Soap&Skin, ou la mise en scène mimétique et ampoulée d’un conflit entre deux individus, certaines scènes déconcertent par leur simplicité et par leur manque de recul. Comme si les créatrices avaient voulu arracher à l’Autre une version sans relief pour la plaquer sur la toile.

La mise en scène, précise et très soignée, tranche avec le côté franchement amateur de l’interprétation. Pourtant, les acteurs ne sont pas foncièrement mauvais. Ils ont une certaine présence et habitent l’espace nu de la scène avec brio. Il est cependant dommage de leur demander de danser là où leurs corps ont été entrainés à se placer. Leurs rapports se réduisent à des accords physiques sans affinité là où l’on pensait trouver de l’empathie – pour traiter de l’altérité, c’est un comble.

Bref, n’enfonçons pas le clou lorsque la planche est déjà bien entamée. Finissons juste par cette impression fugace, alors qu’aux trois-quarts de la pièce notre regard balaye l’assistance : l’impression d’avoir mieux senti ce qu’était l’altérité par l’addition non mathématique de ces 400 corps assis dans la salle que par la vision de ce spectacle.

Quentin GUISGAND

L’Autre sera rejoué du 05 février au 22 février 2015 au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris.

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