RIRKRIT TIRAVAJINA, « UNTITLED 2015 », CHANTAL CROUSEL PARIS
Rirkrit Tiravajina : Untitled 2015 (Run like hell) / Galerie Chantal Crousel, Paris / Jusqu’au 18 juillet 2015.
A la galerie Chantal Crousel, Rirkrit Tiravajina a conçu la réplique des toilettes du CBGB, un club iconique de New York dans les années 1970 où ont débuté les groupes de musique punk les plus connus, comme Patti Smith ou The Ramones. L’artiste les a refait faire en blanc. Le titre de l’exposition « Run Like Hell » n’a rien à voir avec la chanson éponyme de Pink Floyd pour l’artiste qui a repris le nom d’un groupe qui aurait fait à l’époque leur propre publicité avec des stickers collés sur les murs, selon ses suppositions.
Le jour du vernissage, Rirkrit Tiravajina a organisé un concert expérimental avec The Bastard Brothers feat. Karl Holmqvist et le groupe Le Cheveu où il a joué aussi. La scène a été imaginée en marbre de Carrare et des glacières en marbre également contenait des morceaux de lard, le lardo di Colomnata de la région de Carrare aussi. Cet apéritif un peu particulier est pour l’artiste « une communion avec l’inconnu ». Et le public était invité à utiliser ces toilettes en direct ! Des éditions limités en couleur des WC existent aussi.
C’est un projet un peu fou de l’artiste, qui réunissait une fois de plus le public pour un moment convivial autour des toilettes, du concert et du lard dans la continuité de l’esthétique relationnelle définie par Nicolas Bourriaud. Tout s’est joué le soir du vernissage. Rirkrit Tiravajina en serait-il revenu à Duchamp avec ses urinoirs ? Et plus exactement à Pierre Pinonchelli ? L’histoire ne le dit pas. Mais rien n’empêche de sourire à cet événement parisien. Rirkrit Tiravajina dit d’ailleurs : « Je m’intéresse ici au toilettes, et pas trop au club lui-même. Mais j’aimais l’idée qu’on puisse entendre de des bruits ou de la musique dans les toilettes. »
En fait, l’artiste a eu l’idée de cette exposition lorsqu’il a visité l’exposition sur la mode punk du Metropolitan Museum à New York où il y avait une réplique de ces mêmes urinoirs. « Dans le contexte, il s’agissait de l’activation d’une certaine nostalgie, ce qui ne m’intéresse pas, je m’intéresse juste au urinoirs et aux toilettes comme un objet à expérimenter. » On peut dire Rirkrit Tiravajina pousse à sa limite l’esthétique relationnelle.
Aussi Rirkrit Tiravajina explique son exposition : « Je n’ai fait que des suppositions quant au fait que le public intervienne sur la surface des toilettes, en urinant et en faisant ce qu’on fait normalement dans les toilettes. C’est un espace fonctionnel. La contre-culture est là, c’est une ombre que nous avons piégée dans un coin de nos têtes, et la libérer revient à reconnaître que nous avons peur, que nous avons peur du langage d’une autorité plus grande, des institutions, et nous croyons dans des mythes qui nous accablent d’offenses. »
Si les toilettes ont été réalisée en céramique, le marbre de la scène et des caissons frigorifiques marquent par leur aspect macabre, comme on utilise ce matériau pour des cimetières, ou luxueux, comme on l’utilise dans des palaces. Il semblerait que ce matériau aussi joue comme un élément synonyme d’immobilité. Le titre « Run like hell » résonne ainsi étrangement. S’enfuir où ? Et de quel piège ? « Nous ne sommes pas tous piégés, mais on se piège soi-même, peut-être on peut dire que nous avons trop peur de lâcher prise avec le contenu et le visible, et de faire l’expérience du présent. » Où est alors l’espoir de cette liberté ? « En nous, dit l’artiste, en s’affranchissant des pièges que nous avons construits autour de nous. »
Juliette Soulez
Photos : Rirkrit Tiravajina : Untitled 2015, Arsenale, Biennale de Venise 2015



























