FESTIVAL D’AVIGNON. »VIVE LE SUJET, SERIES 1 & 2″ : PEUT MIEUX FAIRE !

77e FESTIVAL D’AVIGNON. VIVE LE SUJET ! TENTATIVES – Programme 1 & 2 : What will remain secret, Auguste de Boursetty – Ampawa, Daniely Francisque – Occupation, Lazaro Benitez – L’entente, Blandine Rinkel. jardin de la Vierge, lycée saint Joseph – 11h et 18h.
PEUT MIEUX FAIRE !
Pour marquer sans doute sa nouvelle direction le Festival d’Avignon a modifié mais conservé ce rendez-vous plus que vingtenaire maintenant du Jardin de la Vierge, lui faisant faire une petite mue en ajoutant le nom de « Tentatives » (au pluriel), une manière pour la SACD et le festival d’annoncer la couleur de ce changement et, de fait, tentatives il y a, des abouties et des encore en suspens, des sortes de brouillons, de pages blanches qui resteront là ou seront reprises, développées… Parce que le temps lui ne change pas, 90 minutes à se partager, montage technique compris, pour la seconde proposition.
Le matin, s’avancent sur le plateau Auguste de Boursetty et Alex Freiheit, piano électronique en main, pantalon pour Auguste, petite robe pour Alex, tout.e.s deux avec un bustier couleur chair. Iels collent leurs godassent sur le clavier, une note prend le dessus, ce sera le début. Jambe tendue, petit pont, glissade au sol, contemplation… Le vocabulaire n’est pas riche et il n’y a pas beaucoup d’innovations chorégraphiques dans ce petit duo charmant où l’on entend des phrases toutes en anglais – et on se dit, sans être réac, que la SACD leader de la coalition pour la langue française, est bonne fille de laisser raisonner et écrire titres et paroles en anglais pour ce Vive le sujet ! Mais bon, ce n’est pas comme si la francophonie était en danger devant tout cet anglais… Ce duo léger n’est pas très puissant. Pour parler de ce sujet, il aurait fallu peut-être plus de rugosité. Auguste de Boursetty aurait pu être un peu plus militant dans son approche, on reste sur sa faim…
Ce qui n’est pas le cas avec Daniely Francisque qui, tout en se demandant ce qu’elle fait là et ce qu’elle allait donc bien faire dans cette galère, nous emmène loin, nous transporte dans son monde et la logorrhée de son verbe envoute, dérange, ramène aux fondamentaux… Elle nous convie bel et bien à un cérémonial. Elle étale son besoin de renaissance. Elle ôte son vieux costume pour renaitre en une sorte de super woman en lamé argent, bustier à la ultragirl… Elle met le feu au jardin de la vierge en scandant du créole et en cassant le quatrième mur pour nous associer à son Ampāwa. Très fort !
L’après-midi, c’est le cubain Lazaro Benitez qui s’y colle avec une plongée dans un fait réel qui se déroule en Colombie. Accompagné de Isabel Villamil, il donne à voir une sorte de rituel d’appel aux âmes fait de costumes rouges et de fils qui vont s’enchevêtrer et se lever comme dans un rituel vaudoux… Une petite pensée pour le solo « Lamentation » de Martha Graham avec ces tissus rouges qui circulent en triangle sur le plateau… Mais sans doute n’avons-nous pas toutes les clés pour entrer dans cette association de rites et croyances pour être réellement touchés et se sentir en empathie avec les danseurs qui se donnent bien du mal, pourtant, on reste éloigné, là aussi, dommage !
Le second programme se finit par « L’entente », une proposition de l’autrice, danseuse et musicienne Blandine Rinkel qui n’a plus besoin de faire ses preuves sur son talent d’écrivaine mais qui peine là aussi à nous intéresser à autre chose qu’à son texte puissant, mi polar, mi drame familial en Bretagne avec les acouphènes de Louis son vieil oncle… La copie de la pub Cetelem ne parvient pas à nous raccrocher à cette forme dont on retient, vous l’avez compris, le texte brillant et construit de l’autrice qui doit retenter…
Une première fournée 2023 assez terne malgré les audaces sur le papier… Espérons la seconde livraison pour être convaincus par ces – nouvelles – tentatives.
Emmanuel Serafini
Image : « Ampawa » de Daniely Francisque – Photo DR

























