AU FESTIVAL TEATRALIA DE MADRID, BACH & MR. BO

Festival Teatralia Madrid – Jusqu’au 30 mars 2025.

Le 29ème Festival Teatralia de Madrid bat son plein depuis le 7 mars et s’achèvera le 30 du même mois. Entièrement consacré aux spectacles pour l’enfance et le jeune public, on a pu y découvrir « Va de Bach » de la compagnie Aracaladanza et « Mr Bo » de la Compagnie Marie de Jongh, entre danse et spectacle visuel, un bon moyen d’intéresser la jeunesse au spectacle vivant…

L’EPREUVE DU BACH.

Le chorégraphe Enrique Cabrera s’est lancé un défi, celui de faire raisonner la musique de Bach et d’y associer la danse. Il n’est pas le premier à le faire. Il tire néanmoins de cet univers un spectacle vif, ludique qui plait notamment par la cohérence des costumes imaginés par Elisa Sanz qui sont de toute beauté… L’arrivée des danseurs par la salle, cassant ainsi le quatrième mu, ne m’est pas apparu si nécessaire mais le fait est que, très vite, les cinq danseurs se retrouvent sur scène dans des culottes bouffantes façon 16ème siècle, noires et dorées après qu’une multitude de petits pianos et tabourets ont été retirés de la scène… Cette turquerie d’avant-garde – Molière n’a pas encore écrit ses comédies-ballets au moment où Bach compose sa musique ! – s’exécute dans un mouvement résolument contemporain. Enrique Cabrera résiste habillement à l’envie d’y introduire de la danse baroque, comme on peut y penser en écoutant cette musique. Une immense main d’un blanc immaculé occupe un moment la scène, un singe géant apprivoise une danseuse, des ballons noirs volent. L’installation de tables à roulettes sert de prétexte à une chorégraphie vive… Des marionnettes croisent les danseurs emperruqués celle-ci finissent dans les cintres et le spectacle est à son comble… La musique ne fait aucun doute puisque c’est du Bach. Son articulation avec la danse est parfaitement réglée et les danseurs emportent le public dans un imaginaire sans limite, pari gagné…

LES CAPRICES DE Mr BO

On avait croisé la compagnie de gestes et d’images Marie de Jongh avec « Amour » et, ici même, dans ces colonnes, à l’occasion de la présentation de « Estrella » en mars 2019 dans cette même salle du Teatro del Canal de Madrid (1). Cette Compagnie revient ici avec un nouvel opus « Mr Bo » (prononcer Mister Bo), pièce qui sous ses airs bonhommes apparaît bien plus politique et visionnaire que les précédentes…

« Mr Bo », c’est l’histoire d’un enfant mal élevé qui devient un adulte insupportable, capricieux, insatiable… Affublé d’un toupet orange – en le voyant, on pense à Tintin, mais le comportement du personnage nous fait plus pencher pour Trump ! – et c’est tout le sel du spectacle, car là où les enfants peuvent voir un artifice drolatique, nous, les parents, gardons bien un œil sur la morale de cette pièce qui résume assez bien que tout est question d’éducation et réside dans l’enfance… Ne dit-on pas de ne “ jamais rien donner à nos enfants si on veut être sûr qu’ils vous le rendent un jour”.

Comme toujours, l’esthétique est très perfectionnée dans le travail de Jokin Oregi. Une immense table – qui fait penser à celle qu’on peut voir lorsque Poutine reçoit les présidents au Kremlin ! – une chaise tout aussi surdimensionnée et un personnage tout en tête avec, là aussi, une hauteur bien inhabituelle… L’ensemble et blanc, clinique, comme dans un monde issu d’un rêve… Sur cette table, un vase. On pense à des objets anciens, grecs ou étrusques. Cet objet est central dans la pièce. Les quatre personnages, tous masqués, nous font penser au Bibendum de Michelin, joufflus, avec des caractéristiques impressionnantes, un nez, des moustaches, des lunettes immenses… Les scènes sont quotidiennes. Jokin Oregi utilise volontiers le flash-back pour raconter son histoire qui, finalement, est bien plus morale qu’il n’y paraît. En développant dans la pièce l’antithèse, il permet aux enfants de comprendre que faire des caprices, ça n’est pas bien, qu’il est nécessaire d’avoir du respect et aux parents de saisir que, souvent, leur progéniture reproduit les travers de l’éducation qu’il leur donne… Avec ça, on a un univers musical, riche et, comme toujours, recherché, introduisant des sons et des voix du monde entier offrant ainsi aux enfants – qui n’en perdent pas une miette – une approche très éclectique de la musique qui ici, dans un spectacle sans parole, à toute son importance pour accentuer tel ou tel travers… Et si « Mr Bo » est insupportable, la Compagnie nous le rend appréciable par la générosité et la pertinence de son discours, finalement salvateur pour cet homme à la houppe…

Emmanuel Serafini

Envoyé spécial à Madrid

1: https://inferno-magazine.com/2019/03/19/estrella-les-choses-de-la-vie/

Photo : Va de Bach, Cie alacaranza

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