« CAMATA » : PIERRE HUYGHE INVESTIT LA BOURSE DE COMMERCE AVEC UNE OEUVRE IMMERSIVE AUX VISÉES PHILOSOPHIQUES

Pierre Huyghe « Camata » – Bourse du Commerce – Pinault Collection, Paris – 7 février-25 mai 2026

Jusqu’au 25 mai, le film Camata (2024) de Pierre Huyghe déploie dans la Rotonde du musée une méditation où vie et mort, réel et fiction, humain et non-humain se rejouent pour questionner la place de l’humanité au sein d’un univers façonné par la technologie.

Dans le cadre de l’exposition « Clair-obscur », le film Camata (2024) de l’artiste français Pierre Huyghe est présenté en majesté au cœur du musée et invite à une méditation sur la place de l’être humain au sein d’un univers régi par la technologie. L’hybridation de la mort à la vie, de la réalité à la fiction, du corps au paysage, du passé au présent et au futur, de la nuit au jour, de l’ombre à la lumière, de la terre au ciel, du rituel au cosmos, de l’humain au non-humain s’y rejoue sans cesse. 

Dans la Rotonde, Camata dévoile un paysage entre jour et nuit où se joue un étrange ballet robotique. Orchestré par des algorithmes d’apprentissage automatique, le rythme des images est en perpétuelle transformation. Un ensemble de machines exécutent un rituel de nature inconnue autour d’un squelette humain découvert sans sépulture dans le désert d’Atacama, au Chili. Hanté par la découverte de ce corps mort reposant entre le sol et l’infini du cosmos, Pierre Huyghe invente ici un rituel à la fois archaïque et technologique, où des bras mécaniques activés par l’énergie de panneaux solaires s’animent autour du squelette en une chorégraphie lente et précise comme une autopsie. Ils manipulent avec délicatesse des sphères de verre et des amulettes accomplissant les gestes d’une cérémonie funéraire et métaphysique, invitant à une médiation sur la place de l’humain au sein d’un monde en mutation régi par la technologie.  

«  En 2015, j’ai fait face à ce corps, c’était une image qui existait dans la réalité avant sa saisie photographique. C’était dans un lieu très particulier, situé dans le plus vieux et le plus sec désert du monde, donc le plus éloigné d’une forme de vie. La NASA y teste des détecteurs de vie pour les exoplanètes, le plus grand télescope astronomique et la plus grande centrale solaire l’Amérique du Sud y sont installés. Au milieu de ces instruments tournés vers d’autres astres, il y a ce squelette allongé sur le sol rocailleux du désert, s’y confondant, dans une position de dormeur au bord d’un ruisseau asséché. 

En pensant à une entité qui puisse s’auto-construire et s’auto-présenter à travers un film, est venue l’idée d’une opération, d’un ensemble d’actes se déroulant autour de ce corps. À ses côtés se trouvent des bras robotiques sortant du sol, initiant des gestes, prenant des éléments, des objets, pour les assembler, ils font des configurations, des géométries, des symboles qui entourent ou traversent le corps devenu scène. Leurs actions produisent des sons, des musicalités. Cela se répète, sur plusieurs jours et plusieurs nuits, idéalement sur plusieurs années, en live. Un ensemble de capteurs dont des caméras enregistrent pendant qu’un héliostat renvoie la lumière ou saisit ce qui se passe. 

On pense rapidement à quelque chose de l’ordre du rite funéraire, à une opération chirurgicale ou au théâtre anatomique ; on peut y voir la constitution d’une nouvelle subjectivité en train d’apprendre ou la naissance d’une transaction métaphysique étrange entre ces différentes réalités. C’est un échange symbolique et énigmatique entre l’inexistant et le disparu, un jeu qui ne produit rien, ni résultat ni sens. » 
— Pierre Huyghe

Extrait d’interview avec Anne Stenne publiée dans le catalogue d’exposition « Liminal », Punta della Dogana, Venise, 2024, Pinault Collection. 

Commissariat : Emma Lavigne, directrice générale de la Collection, conservatrice générale.

_______________________________

Until 25 May, Pierre Huyghe’s Camata (2024) unfolds in the museum’s Rotunda as a meditation where life and death, reality and fiction, the human and the non-human continuously intersect to question humanity’s place within a world shaped by technology.

The film Camata (2024) by Pierre Huyghe (born 1962, France) is presented in majestic form at the heart of the museum, inviting a meditation on the place of the human within a world governed by technology. The hybridisation of death and life, reality and fiction, body and landscape, past, present and future, night and day, shadow and light, earth and sky, ritual and cosmos, human and non-human unfolds there in a continuous loop.

“In the Rotunda, Camata reveals a landscape between day and night, where a strange robotic ballet takes shape. Driven by machine-learning algorithms, the rhythm of the images is in constant transformation. A group of machines performs a ritual of unknown origin around a human skeleton discovered without burial in the Atacama Desert in Chile. Haunted by the presence of this body lying between the ground and the infinity of the cosmos, Pierre Huyghe devises here a ritual that is at once archaic and technological, in which mechanical arms powered by solar panels animate themselves around the skeleton in a slow, precise choreography reminiscent of an autopsy. They delicately manipulate glass spheres and amulets, carrying out the gestures of a funerary and metaphysical ceremony, inviting reflection on the place of humanity within a world in mutation, shaped by technology.” — Emma Lavigne

“In 2015, I came face to face with this body; it was an image that existed in reality before it was photographed. It was in a very particular place, the oldest and driest desert in the world — the one furthest from any form of life. NASA tests life‑detection instruments for exoplanets there, and the largest astronomical telescope and the largest solar power plant in South America are installed nearby. Amid these instruments oriented toward other stars, a skeleton lies on the rocky desert ground, blending into it, in the position of a sleeper beside a dried‑up stream.

While thinking of an entity capable of self‑constructing and self‑presenting through a film, the idea emerged of an operation, a set of actions performed around this body. Beside it, robotic arms rise from the ground, initiating gestures, picking up elements and objects to assemble them into configurations, geometries, symbols that surround or traverse the body, now turned stage. Their actions produce sounds, musicalities. This repeats over several days and nights—ideally over several years—in real time. A set of sensors, including cameras, records while a heliostat redirects the light or captures what unfolds.

One quickly thinks of something akin to a funerary rite, a surgical operation, or an anatomical theatre; or perhaps the formation of a new subjectivity in the process of learning, or the birth of a strange metaphysical transaction between different realities. It is a symbolic and enigmatic exchange between the nonexistent and the vanished, a game that produces nothing—no result, no meaning.” — Pierre Huyghe
Excerpt from an interview with Anne Stenne published in the exhibition catalogue « Liminal », Punta della Dogana, Venice, 2024, Pinault Collection.

Curated by : Emma Lavigne, general director and curator, Pinault Collection

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives