« NOCTURNE » : PHIA MENARD DONNE UNE PARADE EN FORME DE LUTTE, SOMBRE ET LUMINEUSE

NOCTURNE (PARADE) – Compagnie Non Nova – Phia Ménard – Idée originale, création, chorégraphie : Phia Ménard – Du 11 au 13 février 2026 – Création le 18 juillet 2025 à Anvers – Zomer Van Antwerpen – A L’Idéal – Théâtre du Nord (en partenariat avec Le Grand Bleu, Lille) Tourcoing (59).

Bienvenue. Phia Ménard et ses complices nous accueillent à l’entrée d’un petit cirque installé dans le théâtre. Gradins et piste aux ventilateurs. Que l’on oubliera vite, restera juste le mouvement du vent. La poésie du vent. Il y a aussi les pas d’un cheval. Un long cheminement. Comme une ronde infinie. Et puis vient l’obscurité. Alors dans cette nuit totale on écoute le poème de Goethe. Le Roi des Aulnes, écrit en 1782. Le père. L’enfant. Le roi. Ses filles. Et puis…

« Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il serre le jeune garçon dans ses bras,
Il le tient au chaud, il le protège. »
Mais le Roi des Aulnes emportera l’enfant de l’autre côté du miroir.
« Le père frissonne, il presse son cheval,
Il serre sur sa poitrine l’enfant qui gémit.
À grand-peine, il arrive à la ferme
Dans ses bras l’enfant était mort. »

Les seuls mots du spectacle ont été dits. Alors vient la lumière. Ce sont les images qui nous conteront désormais cette « pièce du vent » que nous allons partager. Elle en gris et Lui masqué de mort. Maîtresse et maître de cérémonie. Se déploient les étendards. Noirs et dessinés d’images furtives dans le mouvement. Cheval encore. Visages. Tanks. Premiers signes peut-être d’une possible violence. Premiers drapeaux de la révolte. Et commence le ballet de mort emporté dans un souffle par la puissance de l’opéra. Marionnettes de plastique diaphanes. Pures. Légères comme des rêves devinés. Presque insouciantes et joyeuses. Et toutes ces petites morts démultipliées en signe d’exorcisme. Squelettes peints, images de mort comme on la célèbre dans l’imaginaire mexicain. Effrayante et fascinante à la fois. Les filles du Roi des Aulnes enragées et charmeuses. Et prêtes à dévorer l’innocence. Virevoltes et sautillements. L’enfant. Le père. Le cheval.

Cheval. Figure récurrente du spectacle. Translucide lui-aussi. Et qui danse. Instants de grâce partagés. Applaudis dans la musique. Son déglingué quand les applaudissements se muent douloureusement en pas cadencé. Tambours de guerre. Étrange résonance. Cheval dansant. Cheval exécuté. « Papa » inscrit sur une petite pancarte. Plus tard sur une bannière de fanfare « viens mon cher enfant ». Échos fragiles d’un temps apaisé. Bouteille à la mer du désespoir. Cheval détritus plastique. Reste la dépouille d’enfant. L’enfant mort et le pleur des chevaux. Toute la saleté du monde enfouie dans un trou.

Cheval noir, cheval peint enfin dans ce capharnaüm de la déraison. Bataille grotesque, aux fausses allures de naïveté. American power stylé comics pour une effrayante bataille de géants liberticides. Lumière rose comme une vulgarité. Papa encore. Comme un cri ultime dans le chaos des corps plastiques. Des couronnes. De la gloire et du pouvoir. Cheval mort. Puis à nouveau toute la saleté du monde enfouie dans un trou. Cimetière du souvenir livré aux fossoyeurs. Comme un tocsin qui sonne. Un enfant au petit ballon vert aurait dansé en signe d’espérance. Alice et ses larmes. Alice et la lumière. Une paix. Peut-être. En rêve. Dans le souffle du vent.

Accompagnée d’une équipe magnifique et ô combien talentueuse, ils sont tous cités ci-après, Phia Ménard est une magicienne de l’objet et surtout une magicienne de l’âme. Un « Nocturne » sombre et lumineux dans le même mouvement. Dans le même moment. Une « Parade » en forme de lutte. Elle passe inévitablement par l’acte poétique. Immense. Généreux et terriblement humain.

Arthur Lefebvre

Important : Rappelons que les subventions de la compagnie Non Nova ont été, comme tant d’autres en Pays de Loire, supprimées pour 2025 par le Conseil Régional des Pays de la Loire.

Distribution : Idée originale, création, chorégraphie : Phia Ménard – Collaboration artistique : Cécile Briand. Avec : Phia Ménard et Cécile Briand en alternance, Fabrice Ilia Leroy – Création des marionnettes et objets : Phia Ménard et Fabrice Ilia Leroy – Dramaturgie : Jonathan Drillet – Création musicale : Ivan Roussel – Création lumière : Éric Soyer.

À partir de 8 ans. Durée : 1 h

En Tournée :
Du 11 au 14 mars 2026 : CDN de Normandie-Rouen – Rouen (76).
Du 17 au 19 mars 2026 : Le Sablier – Centre National de la Marionnette (dans le cadre du Festival Spring), Ifs (14).
Du 22 au 25 mars 2026 : Le Trident – Scène nationale (dans le cadre du Festival Spring), Cherbourg-en-Cotentin (50).
Du 1er au 4 et 7, 8 avril 2026 : MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny (93).
Du 16 au 18 avril 2026 : Centre Culturel Robert Desnos – Scène nationale de l’Essonne, Ris-Orangis (91).
Du 28 au 30 avril 2026 : Les Quinconces & L’Espal – Scène nationale, Le Mans (72).
Du 9 au 10 mai 2026 : Nuithonie, Villars-sur-Glane (Suisse).
Du 19 au 22 mai 2026 : La Comédie de Valence – Centre dramatique national Drôme-Ardèche, Valence (26).
Du 26 au 28 mai 2026 : La Maison de la Danse aux Subsistances, Lyon (69).

Photos Sigrid Spinnox

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