GLASSTRESS : Une autre idée de la transparence

La première chose que l’on aperçoit dans les jardins du Palazzo Cavalli Franchetti depuis le pont de l’Academia est bien cette oeuvre étonnante d’Erwin Wurm, sa maison comprimée trônant majestueusement sur la pelouse face au Grand Canal. Glasstress annonce ainsi la couleur : cette exposition qui ne pourrait être qu’une manifestation de plus dans la Biennale, avec son thème-prétexte autour du verre et de la transparence, est bien plus que cela. Une proposition plutôt remuante, avec quelques pièces dont on se souviendra.

Ainsi de cet « excrementorium » de l’Atelier Van Lieshout, qui exhibe fièrement ses vases et circuits transparents sur le pallier du 1er étage. Ou encore les visages glacés de Thomas Shutte… Glastress réunit ainsi un bel ensemble d’artistes du circuit international : Joost Van Bleiswijk, Jan Fabre, Michael Joo, Joep Van Lieshout, Vik Muniz, Javier Pérez, Jaume Plensa, Thomas Schütte, Doug & Mike Starn, Koen Vanmechelen, Erwin Wurm, entre autres.

Pour sa seconde édition, Glasstress affine ainsi son concept d’origine : créer autour du verre, de ses artistes architectes ou designers une réflexion sur la tension que ce matériau exerce sur son environnement, et le stress qu’il inspire à ses utilisateurs et regardeurs. Effectivement, la qualité des propositions des artistes invités est indéniable et leurs oeuvres utilisent tous les ressorts du matériau verre : immatérialité, réflexion, fragilité, fascination d’une transparence fantasmée. Belle métaphore d’un monde virginal où tout serait donné à voir ? Ou constat inquiet d’une tension, un stress, inhérent à cette volonté de transparence absolue ?

Toujours est-il que les oeuvres exposées, pour la plupart, témoignent effectivement d’un certain malaise, imposant au regardeur une posture voyeuriste, comme dans la maison d’Erwin Wurm dont le rétrécissement forcé renvoie à sa propre biographie, l’oeuvre étant la copie étroitisée à l’extrême, jusqu’à l’étouffement, de la vraie maison dans laquelle l’artiste a grandi. Une succession de pièces impraticables car amincies jusqu’à l’absurde, de la salle de bain à la chambre en passant par la cuisine ou les toilettes, dans lesquelles chaque objet -cuvette wc, lavabo, téléphone, tableaux- est déformé lui aussi, rétréci à l’absurde. Une vision étouffante de la maison de l’enfance, habituellement la maison idéale, et ici, véritable piège oppressant que l’artiste offre à vue, en toute transparence.

Passons sur l’installation ratée de Jan Fabre, objets divers de verre simplement posés au sol, dont ses tortues, récurrentes dans l’oeuvre de Fabre. Ici, cela ne fonctionne pas, tout simplement. La très belle vidéo de Charlotte Gyllenhammar projetée au plafond, en revanche, donne l’impression de mater sous les jupes de l’oeuvre, et c’est plutôt réussi. Ou encore l’excellent sablier bloqué de Vik Muniz, suspension du temps qui force le regard.

Ce Glasstress là offre donc une vision plutôt ajustée d’un monde obsédé par sa transparence et sa supposée pureté originelle, que le matériau verre traduit ici avec une force insoupçonnée, et un malaise croissant.

Marc Roudier

Glasstress 2011 jusqu’au 27 novembre / Palazzo Cavalli Franchetti et Ile de Murano.
http://www.glasstress.org

Photos DR / Haut : la maison d’Erwin Wurm, au Palazzo Cavalli Franchetti. Bas : « Excrementorium » Atelier Van Lieshout

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