SUN, une vision chamanique au plus près de l’enfance

Après un très beau « Reset », Cyril Teste nous embarque dans son nouvel opus, Sun, dont l’argument reprend une histoire vécue : celle de deux enfants qui, voulant aller se marier en Afrique, décident un jour de quitter leurs parents et de prendre la route…

Et comme dans Reset, l’univers multimédia de Sun est véritablement époustouflant : dispositifs scénographiques bluffants, vidéo omniprésente, travail du son très pointu (on sent que Teste doit apprécier Laurie Anderson ou Philip Glass), tout concourt à une oeuvre extrêmement visuelle, dont la force de persuasion est évidente.

Le travail de Cyril Teste cependant, s’il maîtrise parfaitement ces nouvelles technologies, ne tombe jamais dans la démonstration gratuite, souvent inhérente à ce type d’oeuvre hybride. Au contraire, sa très grande attention aux deux -très- jeunes comédiens, cette complicité palpable entre le metteur et ses machines d’une part, et ces deux enfants -remarquables, soit-dit en passant- d’autre part, libère une émotion certaine. Peut-être cet univers si particulier de l’enfance renvoie t-il à d’intimes vécus… Toujours est-il que l’empathie passe, malgré ou grâce à cette technologie impressionnante qui aurait pu tout cannibaliser.

Il n’en est rien donc, et ce nouvel objet testien est franchement réjouissant. Longue rêverie à la limite de l’hallucination sous psychotropes, ce Sun déploie ses tableaux rétiniens et sensuels comme autant d’actes chamaniques. Apparitions, disparitions, magie véritable, tout le travail de Cyril Teste dit la douloureuse disparition et l’absence, dans un opéra total qui sait raccrocher au sens profond de la quête identitaire. Humaine, très humaine, telle est cette réflexion en forme de parcours initiatique…

Et, à l’unisson de Reset, Sun fait montre d’une mise-en-scène parfaitement maîtrisée, fluide sans excès, et pleine de trouvailles : comme toujours avec cet artiste, qui a le sens de l’image, l’utilisation d’un robot télécommandé -cette fois une araignée, clin-d’oeil à la « Mère » de la grande sculptrice Louise Bourgeois- qu’il considère comme un acteur à part entière, alimente cette étrangeté poétique, quasi-lynchienne, qui signe sa narration hallucinée.

Tout de noir et blanc, dans un dépouillement presque monacal, ce ballet incessant des images et des machines, révèle la puissance des comédiens, ces deux enfants et ces deux adultes véritables passeurs de l’univers magique, littéralement sorcier, de Cyril Teste. Une oeuvre importante.

Marc Roudier

Sun / Cyril Teste / salle Benoît XII / s’est joué jusqu’au 13 juillet.
Prochaine représentation : Scène Nationale de Cavaillon, octobre.

Photo : Christophe Raynaud De Lage

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