ALAIN BUBLEX, VOUS FAITES DES CARTES POSTALES ? (ALAIN BUBLEX DE A À B)

Alain Bublex : « alain bublex, vous faites des cartes postales ? (alain bublex de A à B) » – Curator : Anaël Pigeat – Galerie Georges-Philippe Vallois, Paris – 05.06 — 18.07.2026.
Pour alain bublex, rien n’est jamais arrêté. Alors se retourner sur son œuvre, c’est regarder vers des futurs qui n’atterrissent jamais. L’exposition est une dérive dans des villes imaginaires que l’on observe par différents prismes. Dans la galerie retournée comme une chaussette et revenue à l’un de ses états d’aménagement antérieurs, le visiteur entre par le Pavillon des points de vue, Quoddy Mamco, 2023 un belvédère créé par Bublex pour le chantier de La Défense, exceptionnellement installé devant celui de ses recherches.
Certains passent les murailles. Lui nous propose de passer à travers les images, celle d’un paysage, Passamaquoddy Bay Northshore, à la frontière du Canada et des États-Unis– le vrai lieu de Glooscap. La matrice est un rideau de théâtre. À la préhistoire de l’œuvre, il y a Glooscap et ses ombres, l’hypothèse d’une ville inspirée de la côte Nord du Canada. Depuis 1992, elle donne lieu à un ensemble de variations en trompe-l’œil sous des formes aussi diverses que la fresque, la maquette d’architecture, la carte postale ou les fantômes– chez bublex, le fantôme est un genre de la peinture. Les hypothèses les plus récentes de Glooscap ont été formulées pour l’exposition. C’était Sim City avant l’heure. Rem Koolhaas aurait écrit « Delirious Glooscap ». Comme des cartes postales, il y a des images qui filent dans l’exposition. Elles la jalonnent. Telle l’Aérofiat qui véhicule son étrangeté, l’œuvre de bublex ressemble à un dessin vectoriel à l’échelle de son univers, réminiscence de ses créations de designer et d’ingénieur sur l’île Seguin pour les automobiles Renault. Les ombres ont un devenir diagramme, les diagrammes se déplient comme des fleurs dans une tasse de thé. Aérofiat 2.1- 1995 «The running gear and completed vehicule, shown during one of its very first outings», 1995 Dans l’espace principal de la galerie, on entre dans le monde réel de l’œuvre : celui des grands projets. Les autres espaces en sont des satellites, comme si bublex lui-même tournait autour de son objet, le manipulait sous l’œil d’un microscope. D’ailleurs, dans de nombreuses images, il montre Paris, du Centre Pompidou à la place des Victoires.
Mais c’est au bout d’un train qui conduit à des maisons en meulières, puis à une zone jumelle des banlieues de villes américaines, qu’il a installé son atelier. Dans ses images, il n’y a jamais d’humains, car ce sont eux qui font la ville. Il n’y a que des preuves d’amour. Se déploient sous nos yeux les Mont Fuji (quand la Suisse rencontre le Japon), les American Landscapes (quand Rambo est tourné en Savoie), le Plan Voisin (quand la périphérie devient le centre et que les futurs conservent leur futurition), les Plan Voisin de Paris- V2 Circulaire Secteur A23, 2013 Plug-in City (2000) (quand le Centre Pompidou rencontre la Tour Eiffel comme image du progrès). Ses blockbusters en quelque sorte. Mais qui se souvient de ses Projekte auf kleiner Flamme ou des Dimanche matin ? Ici, ils habitent la mémoire des murs, se réinstallent parfois là-même où ils ont déjà été logés ou bien ailleurs, au jeu des chaises musicales des accrochages, et de la réincarnation. Un romantique dans la ville.
Ici, les échelles nous perdent et se retournent entre le réel et la fiction. Franchir le seuil de l’ancien comptoir d’accueil, c’est entrer dans le moteur de la galerie, dans le lieu de la mémoire ou l’espace de la pensée, le méta-monde d’alain bublex. Car ce comptoir, ce sont alain bublex et Ania Martchenko (aka AaMb) qui l’ont dessiné en 2005. Le blanc pour le visible, le bois pour l’invisible– des visiteurs. Comme la maquette de Glooscap, c’est un espace éclaté. Dans l’exposition, il devient sculpture, et socle pour les exemplaires du magazine landscaping que l’on peut consulter. Un opus est consacré à Albert Marquet et à sa « cordialité du réel » car, par ses cadrages, sa désinvolture patiente, anodine et intense, son côté documentaire sans aller jusqu’à l’inventaire, il est l’un des héros d’alain bublex– l’autre, c’est John Singer Sargent. Sur le comptoir, des cabanes, comme Pissenlit, le kiosque à soupe. Au centre de la pièce, une Awareness Box : c’est un appareil photo qui n’enregistre pas d’images. Encore un regard, un point de vue, une perspective. Chaque image est tout ce qui la précède. Dehors dans la cour, après le jour du vernissage, Le Chant du départ aura cessé dans l’autoradio. Car la voiture sera partie. On ressortira dans le mouvement de la ville avec quelques pages d’un autre projet en cours, un livre sur l’automobile. Comme un retour à la case départ, sur laquelle on ne s’attarde pas. Voyage dans l’espace et dans le temps. Est-il possible de toucher la réalité ?
anaël pigeat
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Images: 1- Alain Bublex, An American Landscape – For your own safety, 2021, Épreuve aux encres pigmentaires laminée Diasec sur aluminium 130 x 194 cm – 2- Alain Bublex, Plug-in City (2000) – 10 place Edouard VII, Paris 2011, Épreuve chromogène laminée diasec sur aluminium 180 x 240 cm – 3- Alain Bublex, Quoddy Mamco 2023, Photographie sous Diasec 10 x 15 cm – 4- Alain Bublex, Plan Voisin de Paris – V2 Circulaire Secteur A23 2013, Épreuve chromogène laminée diasec sur aluminium 180 x 240 cm – 5- Alain Bublex, Aérofiat 2.1 – 1995 « The running gear and completed vehicle, shown during one of its very first outings » 1995, Vidéo 12’30 – Images copyright the artist – Courtesy Galerie Vallois 2026.
























