RAOUL AU THEATRE DE LA VILLE

L’énigmatique Raoul.

 

Raoul repasse par Paris après des années de tournée dans le monde entier pour un nouveau tour de piste au Théâtre de la Ville. Le personnage de James Thierrée détourne tous les regards sur son passage avec ce spectacle fantastique et tout public. C’est toujours bien entouré (Matthieu Chedid pour les volutes électriques, Victoria Thierrée pour les costumes … ) et avec confiance que l’on retrouve l’artiste pour une nouvelle illusion. Un fabuleux travail de sons et lumières, en soutien à ce dialogue de corps et de décor, que la machinerie bien huilée anime maintenant depuis 2009.

 

Raoul nous ouvre les portes de son intimité, composant un vague Peter Pan doublé d’un Crusoé, qui rencontre les faveurs du public à la quasi-unanimité. Les tableaux se succèdent comme des numéros dans lesquels la cocasserie du tendre clown rebondit rarement au delà de l’objet désigné pour se jouer, mais convainc son auditoire déjà ensorcelé. Peut-être pas toujours là où la commande est enclenchée mais parce qu’il possède cet art du mime, l’artiste sait créer une poésie de corps et de gestes sans commune mesure. Un savoir-faire multiple qu’il détient absolument et manque ici d’exulter. Privilégiant une forme de patchwork de cartoons, en funk-style, usant du popping (tremblements du corps) et slow motion (ralenti), Raoul, dans ce comique de répétition du geste, a du mal à progresser dans sa lutte schizophrénique. L’imagerie du rêve et de ses fantômes l’emporte sur son récit, dans cette mécanique exempte de ressort dramatique.

 

C’est par elle que tout arrive, c’est avec elle que tout advient, c’est à cette machinerie toute entière que Raoul appartient. Pantin de ses propres ficelles dans cette unité hors-normes, il est comme le créateur privé de mots et tarie de ses pouvoirs. Soutenu par son réputé équipage, James Thierrée nage en eaux tièdes, à l’abordage de son tipi de fer, très vite ravagé par des forces contraires. Lors de ce voyage (presque) solo, Raoul rencontrera ses voisins : des créatures animales magistrales et menaçantes ; il s’élancera en bout de course vers son audience conquise dès les premiers regards, avant de disparaître dans le décor et que la démonstration s’arrête là.

 

Les rires éclatent, les mains claquent, le charme opère et la séance de divertissement est ouvertement appréciée. Mais ce spectacle souffre d’un vide sidéral de dramaturgie. Le récit s’efface en s’écrivant. Et en dépit de cette fabuleuse scénographie, et de la dextérité que détient l’artiste, Raoul se fait implacablement absorber par ce trou noir.

 

Audrey Chazelle

 

Raoul, de James Tierrée / Du 28 décembre au 10 janvier 2012 au Théâtre de la Ville.

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives