YOUNG HO NAM : « S.U.N. », UN COUP POUR RIEN
DANSE : S.U.N., Séon (Zen) Universel Numérique de Young Ho Nam présenté par Montpellier Danse.
Née en Corée du Sud, Young Ho Nam fut danseuse pour la compagnie Jackie Taffanel, basée sur Montpellier. Elle est aussi chorégraphe, S.U.N. étant la sixième pièce de son répertoire.
Juste avant que le spectacle ne commence, une voix off nous dit : « des capteurs sensoriels permettent la mise en adéquation de la scène, du son et de l’image. » Le plateau est occupé par une sorte de gros matelas gonflant (presque autant que le spectacle) posé à la verticale et trois hommes en noirs sont plongés dans leurs ordinateurs : le Tacit group qui fait de la musique numérique.
« j’ai exploré le rapport entre le mouvement en surface du corps et son énergie intérieure. » Il faudra se lever tôt pour en voir une application pratique dans le spectacle. Il y a très peu de mouvements et la danse est inexistante. Les danseurs n’interprètent rien, ils se placent et comptent leurs gestes, engoncés dans des costumes qui sont un mix parfait entre la toge raëlienne et le déguisement futuriste d’un mauvais film des années 90. On leur projette notre sentiment à l’instant : ils sont focalisés sur le travail technique au détriment du corps. Et c’est bien malheureux de sous-exploiter des danseurs de ce niveau dont on ne citera pas les noms tellement ils sont accessoires au spectacle.
La chorégraphe part d’un principe et non d’une problématique : associer gestes et mouvements au son et images. On se retrouve avec une œuvre extrêmement formelle qui perd tout sens et qui n’ouvre ni sur le politique (je n’ai pas réfléchi sur la condition humaine en regardant ce spectacle) ni poétique (je n’ai pas rêvé). Il est certain que j’ai dû être trop bigleux pour voir les interactions entre musique, images et corps mais je n’étais pas le seul dans la salle… « ainsi, pour produire un mouvement très rapide et léger, il faut vivre, à l’opposé, un état de grande sérénité. » Ainsi, pour nous expliciter cela clairement, on pose sur la scène un type en première qui attend et on bombarde une musique à rendre épileptique.
Tout dans ce spectacle est fait pour nous être désagréable : des costumes moches ; des éléments de scénographie moches ; une bande son faite de respirations crispées et crispantes, d’oscillations saturées qui vont jusqu’à l’inaudible, de sons imitant les jeux vidéos version hurlante et agressive ; des lumières violentes… J’ai passé plus de 4 minutes (sur un spectacle qui dure trois petits quarts d’heure) les oreilles bouchées et les yeux fermés. Est-ce vraiment le but du spectacle vivant ?
A la fin, en plus des applaudissements mous des spectateurs, les danseurs applaudissent les informaticiens. Triste révélateur de ce que peut donner le mauvais mélange des genres. La seule impression que laisse ce spectacle : le mal aux reins d’être très mal assis pendant 45 horriblement longues minutes.
Bruno Paternot
S.U.N., programmation Montpellier Danse, a été donné le 15 et 16 février 2012 à 19H au STUDIO CUNNINGHAM / AGORA de Montpellier.
![sun18[1]](https://inferno-magazine.com/wp-content/uploads/2012/02/sun181-e1329728766407.jpg?w=640)

























