ITALIE-BRESIL 3 A 2 : SOLAL BOULOUDNINE PORTE L’EPOPEE DU FOOT A SA DIMENSION MYTHOLOGIQUE

Italie – Brésil 3 à 2 / texte Davide Enia / traduction : Olivier Favier / mise en scène : Alexandra Tobelaim / avec Solal Bouloudnine et Jean-Marc Montera /au Théâtre de La Calade, Arles / Les 16 et 17 novembre 2012.

Une gageure que porter un tel sujet sur un plateau de théâtre ! Mais la force du texte de Davide Enia et l’excellente performance de Solal Bouloudnine enchantent littéralement ce récit hors d’haleine autour d’une recontre mythique, l’épique victoire de l’Italie face au Brésil lors de la coupe du Monde de foot en 1982.

Il faut dire que de cette magie footbalistique de lumineuse mémoire, l’auteur Davide Enia a su tirer une épopée flamboyante, merveilleusement restituée ici dans sa traduction française (Olivier Favier) par un comédien remarquable, très à l’aise dans ses basquets, habitant le rôle et le vivant si profondément qu’il en transcende la matière mythologique.

Minute par minute, ce fameux match de football du 5 juillet 1982, qui aura permis à l’Italie d’accéder aux demi-finales puis de devenir championne du monde est une farce. Menée de manière haletante par le comédien, cette épopée est un condensé d’Italie, ses tiffosi et sa faconde palermitaine. Une farce à l’italienne, à la Dario Fo ou à la Nanni Moretti, qui installe une famille de Palerme devant son Sony trinitron noir tout juste acheté pour ce moment de grâce où d’un coup les hommes tutoient les dieux, s’enflamment et s’effondrent tour à tour. Une joute verbale fébrile autour d’un ballon qui court et qui fera ou défera l’honneur d’un pays tout entier.

A l’instar de ce Paoli Rossi vilipendé par la presse entière et les tiffosi la veille du match et qui d’un but d’un seul devient aux yeux de l’Italie une légende vivante, un dieu du stade, le solo de Solal Bouloudnine est magistral de maîtrise et d’intensité dramatique. Les incursions autour de Garincha autre dieu du stade, ou du Dynamo de Kiev sous la période nazie qui ponctuent le récit du match sont autant de moments d’émotion et de grâce, une distance salutaire au seul plaisir onaniste de l’épopée footbalistique.

La mise en scène au carreau d’Alexandra Tobelaim, tout en rigueur et sobriété, ainsi que le très beau travail d’accompagnement musical du magicien Jean-Marc Montera exaltent la performance remarquable du comédien et confèrent à cette pièce tout le souffle et la dimension épique d’une tragédie grecque. Un moment rare de pure jubilation.

Marc Roudier

Italie – Brésil 3 à 2 / texte Davide Enia / traduction : Olivier Favier / mise en scène : Alexandra Tobelaim / avec Solal Bouloudnine et Jean-Marc Montera /en tournée en 2012 et 2013.

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