CASTELLUCCI, « Sul concetto… » : UN « BLASPHEME » SELON LES ULTRA-CATHOS DE « CIVITAS » A STRASBOURG

TRIBUNE : Plainte pour « blasphème » contre la pièce de Castellucci au « Maillon » à Strasbourg

Juste avant le lynchage lamentable des « Femen », qui manifestaient ce dimanche 18 novembre à Paris contre les prises de positions des ultras de l’église catho à l’encontre du mariage pour tous, et après leur coup d’éclat contre Andrès Serrano et son « Piss Christ » qu’ils ont détérioré à Avignon l’an passé (visiblement en toute impunité), les fachos ultra-cathos de « Civitas » s’en prenaient ce week-end au « Sur le concept du fils de dieu.. » de Castellucci, profitant pour cela d’une loi incongrue sur le territoire de notre république, une bizarrerie qui leur permet de porter plainte pour « blasphème ».

« Civitas », véritable nid de fachos soi-disant catholiques, ultra-violents, souvent membres de groupuscules d’extrême-droite et tout à fait irrespectueux des lois de la République, tentent de s’illustrer une fois de plus. On connaît leurs méthodes de voyous et leur vacuité intellectuelle, l’un n’allant pas sans l’autre. Comme l’on connaît leurs accointances avec le FN et autres néo-nazis en vogue dans le landerneau médiatique. Cette fois-ci, ils s’attaquent donc -une fois de plus après Paris- à la pièce de Castellucci, utilisant pour cela l’archaïsme législatif qui fait de l’Alsace une terre « chrétienne ».

Les faits, rapportés par RUE 89 :
« Une association de laïcs catholiques a porté plainte contre X pour « blasphème » à l’encontre de la représentation au théâtre du Maillon de la pièce de Roméo Castellucci, Sul concetto di volto nel figlio di dio. La pièce a déjà été attaquée lors de représentations à Paris, mais à Strasbourg, le droit local permet cette qualification surannée.

Roméo Castellucci sera-t-il brûlé vif sur un bûcher installé place Kléber à l’issue d’un procès en hérésie ? Peut-être pas tout de suite, mais le metteur en scène italien, régulièrement joué à Strasbourg, est en tout cas visé par une plainte pour « blasphème et tentative de blasphème », transmise au Parquet de Strasbourg après la représentation de Sul concetto di volto nel figlio di dio (Sur le concept du visage du fils de Dieu) mercredi soir au Maillon.

L’association « Avenir de la culture« , qui se présente comme un rassemblement de catholiques laïcs, a décidé d’invoquer l’article 166 du droit local d’Alsace-Moselle, qui dispose :

« Celui qui cause un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants ou qui outrage publiquement un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire, et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes, ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses, commet des actes injurieux et scandaleux, est puni d’un emprisonnement de trois ans au plus. »

Le délit de blasphème est une survivance d’une partie du droit pénal allemand qui a été maintenu en Alsace Moselle après 1918, confirmée par une loi française du 1er juin 1924. Il ne s’agit pas d’une disposition issue du Concordat. La loi sur la laïcité de 1905, qui protège également les convictions religieuses, n’ayant pas été introduite en Alsace-Moselle, il est possible que le législateur ait voulu conserver ici une cette disposition.

Dans la pièce de Roméo Castelucci, un vieil homme est victime d’incontinences incontrôlées, il répand sur son lit et sur le sol des litres d’excréments. A ses côtés, son fils prend soin de lui, mais finit par s’épuiser et à s’en remettre à une immense figure du Christ, qui domine la scène, en se plaquant contre ses lèvres. A cet instant, un liquide sombre dégouline sur l’image du Christ, qui se gondole et se déchire.

Des catholiques intégristes avaient déjà provoqué des troubles lors des représentations parisiennes de la pièce. Pour Me Gérard Ducrey, conseil de l’association, recouvrir le visage du Christ d’une représentation d’excréments constitue un blasphème. Et puisqu’il s’agit d’un délit dans le droit local d’Alsace-Moselle, alors le procureur de la République doit se saisir de l’affaire :

« Notre plainte vise ceux qui ont commis ce blasphème, mais aussi ceux qui, sciemment, l’ont laissé se produire. Je pense notamment au maire de Strasbourg et au préfet du Bas-Rhin, que nous avons alertés sur ce qu’il était prévisible qu’il advienne au théâtre. Il appartient au procureur de la République de décider de l’opportunité des poursuites. Il s’agit d’un délit constitué dont la répression est prévue par la loi locale, nous ne demandons que l’application de la loi. »

Certes, cet article du code pénal local existe bel et bien mais il n’a pas été utilisé dans un jugement définitif depuis au moins 1918, date à laquelle la France a récupéré l’Alsace et la Moselle et où le droit local a été traduit en français, selon Jean-Marie Wendling, président de l’institut du droit local.

Même si l’Eglise de France s’interroge sur la conduite à tenir face aux blasphèmes dans les œuvres artistiques, le diocèse de Strasbourg ne s’associe pas à la démarche d’Avenir de la culture, comme l’explique le chanoine Bernard Xibaut :

« Le cas de cette pièce a été tranché par l’Eglise catholique de France. Nous ne la considérons pas comme blasphématoire car il n’y a pas de volonté de souiller le visage du Christ, il s’agit d’une mise en scène des souffrances de l’être humain… Ce qui est compatible avec la doctrine chrétienne, ainsi il n’est pas blasphématoire de crucifier Jésus. C’est vrai que cette pièce peut choquer certains fidèles, mais il faut alors expliquer le contexte plutôt que d’invoquer des textes obsolètes comme l’article 166. »

Bref, le fascisme rampant des fondamentalistes -qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs- a de beaux jours devant lui. Pourquoi notre république soi-disant laïque laisse t-elle passer de telles aberrations ? Mystère et boule de suif. Pourquoi laisse t-on les religions décider de ce qui est bon ou pas pour le bon peuple de France, à majorité athée ? En tout cas, ceux-là mêmes qui se permettent de massacrer les militantes de « Femen », ces « Civitas » de sinistre appartenance aux factions les plus rétrogrades et violentes de l’église catho, visiblement, ne sont pas inquiétés. Peut-être Madame la Ministre de la Culture a t-elle un avis sur la question ? En tout cas, les citoyens comme les artistes, éclairés, agnostiques et viscéralement attachés à la liberté d’expression et de pensée, eux, ont un avis. Tranché.

Marc Roudier

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