FESTIVAL D’AVIGNON. « CAPRA », DE L’EXCELLENT THÉÂTRE FESTIF ET IMAGINATIF

FESTIVAL D’AVIGNON 2026. Capra (une chèvre) – Création collective – Mise en scène : Jeanne Candel – Gymnase du Lycée Mistral – du 19 au 25 juillet (relâche le 22 juillet) à 18h00 – Durée : 2 heures.

Jeanne Candel présente cette nouvelle création comme étant fondée sur deux ouvrages relatifs à la mémoire : « L’Art de la mémoire » de l’historienne Frances Yates et « La peinture à Dora » de François le Lionnais, récit autobiographique dans lequel il décrit à ses compagnons de déportation les tableaux qu’il a gardés en mémoire. L’autre référence, source d’inspiration, serait la figure de Dionysos, dieu du vin, de la fête, de l’ivresse et de ses excès et par extension dieu du théâtre. Un théâtre festif comme il l’était à ses origines.

Si ces références culturelles liées à la mémoire et aux mythes antiques n’apparaissent qu’en filigrane et ressemblent plutôt à un prétexte de respectabilité, voire d’intellectualisme, les débordements dionysiaques sont bel et bien l’inspiration et le fil rouge de ce spectacle.

Cette création collective démontre jusqu’où peut aller l’expression théâtrale lorsqu’on lâche la bride à des acteurs à l’imagination débordante. On imagine combien ce processus créatif a dû être jubilatoire.

Jeanne Candel et son collectif nous proposent ainsi une succession de ce qu’elle qualifie de « tragédies-portatives » qui n’ont que le nom de tragédies tant ces micro-pièces relèvent de la plus délirante comédie, d’un théâtre de l’absurde, voire d’un spectacle clownesque au sens noble du terme. Ici l’imagination est au pouvoir et ne connait pas de limites.

La première scène, prometteuse, nous propose de manière très imagée d’entrer dans le ventre d’une poétesse pour pénétrer au cœur du processus créatif et se plonger dans son chaos intérieur. Un chaos d’où vont surgir des saynètes plus délirantes les unes que les autres. Des saynètes basées sur l’inattendu, sur l’effet de surprise, qui vont immanquablement déclencher sourires et rires francs dans le public.

Difficile de décrire cette succession de situations brèves et improbables. Œdipe nous raconte sa terrible histoire pendant qu’on trait les pis d’une chèvre-brouette, des doigts de gant chargés de lait. Un troubadour fait cuire son cœur sur un fer à repasser et entonne un chant médiéval. On joue aux quilles avec une femme glissant sur un tapis de plastique généreusement arrosé. Deux hommes vêtus de pagnes miment la crucifixion. On joue du piano couché. Et bien d’autres choses encore.

La plupart des scènes sont accompagnées d’une musique exécutée sur le plateau. Une musique jazzy bienvenue et créative de Thibault Perriard qui apporte encore un peu plus de fantaisie à l’action.

Si ce spectacle laisse un peu sur sa faim au regard de la présentation qu’en a fait Jeanne Candel, il reste un modèle d’imagination libérée, d’humour débridé mais toujours raffiné et spirituel. Un bon moment de divertissement et de créativité théâtrale.

Jean-Louis Blanc

Photos C. Raynaud De Lage / Festival d’Avignon

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