FESTIVAL D’AVIGNON. « VIVE LE SUJET ! » : UNE SÉRIE 3 PLUS LITTÉRAIRE

FESTIVAL D’AVIGNON. VIVE LE SUJET ! Série 3 : PREMIER MILLIMÈTRE – Laura Vazquez & LA PENSÉE CONTINUERA DE DANSER – MazelFreten – 22 – 25 juillet 2026 – 10h30 – 18h00 – Jardin de la Vierge du Lycée Saint Joseph.
En pénétrant pour la troisième fois dans le jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, on se dit que c’est la dernière pour ce 80ᵉ Festival, où ces tentatives nous sont présentées… et l’on regrette déjà ces levers matutinaux à la rencontre de ces objets parfois beaux mais éphémères…
C’EST L’INVERSE D’UNE PRIÈRE
Contrairement à ce qui est noté dans le programme de salle – un truc du service com’ pour voir si l’on est réveillés ! –, c’est l’écrivaine Laura Vasquez qui ouvre ces troisièmes tentatives… Tout de noir vêtue, baskets roses fluo, fiche blanche à la main, elle parle. C’est comme une longue confidence sur elle-même, sur ses gestes, sur ses pulsions, sur ses envies. Elle raconte qu’elle se brûle les cheveux et observe ce que cela fait. Elle analyse l’époque et constate qu’elle n’est pas « remplacée », mais que les tensions « s’accumulent ». La caisse claire, au beau milieu de la scène, lui permet de rythmer, sans slamer, ses textes forts, aux images percutantes. « Tu crois que tu sais », crescendo dans sa bouche. Elle se sent investie : « C’est moi, tout le monde… » Elle arpente le plateau. Elle psalmodie. Elle nous fait entonner, et pourtant, elle ne change pas. Elle résiste. Elle le dit : c’est l’inverse d’une prière. Laura Vasquez, qui n’a associé personne à son projet contrairement aux autres Vive le Sujet !, dit ses mots, et ils sont forts. Ils résonnent et laissent en suspens. On voudrait les lire, les relire, y réfléchir, être sûr d’être d’accord… ou lutter contre, s’en imprégner. La demi-heure passe. On est médusés. On voudrait récupérer les feuilles qu’elle a laissées tomber au fur et à mesure, lire pour nous, et garder sa voix dans notre oreille pour préserver intacte toute cette prose de la vie.
ZONE DE CONFORT
Pour le second projet, la littérature n’est pas loin, puisque Laura Defretin et Brandon Masele, les leaders des Mazelfreten – qui, l’année dernière à la même époque, foulaient encore les dance floors des JO de Paris 2024 –, ont invité l’ex-prétendant à la prêtrise et désormais philosophe Emmanuel Leclercq à disserter sur la danse. Vaste sujet sur lequel le jeune penseur émet des hypothèses, propose des définitions, tandis que les deux danseurs, pour une fois calmes et posés, s’essayent à confirmer les pistes de l’intellectuel… On voit bien le dilemme qui sommeille en chaque danseur : celui de définir sa danse comme un art à part entière. Sans forcément les rassurer, Emmanuel Leclercq avance à pas feutrés pour les orienter : le mouvement ne vient pas illustrer, il est une pensée commune, une pensée kinesthésique, une véritable expérience. Il expose le sentiment de liberté, sa sensation de bonheur. « Nous ne sommes jamais seuls dans notre existence », dit-il. Il convoque la joie lucide du danseur, mais évoque aussi sa vulnérabilité et déclare qu’il faut travailler avec cela… Ce que font, sur scène, Laura Defretin et Brandon Masele, jamais aussi déliés et calmes que sur cette scène, offrant un autre visage à ces hip-hoppers qui doivent donner le change à des Madonna sur les dance floors du monde entier… Pour eux aussi, un moment de sérénité, de bon matin… La zone de confort version Mazelfreten passe par l’esprit… On s’en souviendra pour l’année prochaine, si Dieu nous prête vie, et sinon, Emmanuel Leclercq nous prendra en exemple.
Emmanuel Serafini

Images: 1- Premier millimètre, Laura Vazquez, 2026 – 2- La pensée continuera de danser, MazelFreten, 2026 – Photos Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

























