CALACAS / ZINGARO : DANSE AVEC LA MORT

Calacas / Théâtre équestre Zingaro / mes : Bartabas / Aubervilliers.

Après plusieurs œuvres superbes, allant crescendo vers le conceptuel et l’esthétisme pur, Bartabas revient peu à peu vers une forme brute et jouissive alternant calme et tempête.

Puisant ici son inspiration dans la fête des morts mexicaine, Bartabas nous invite à une scénographie macabre et réjouissante. Inspiré des œuvres de José Guadalupe Posada (1852-1913) et plus particulièrement de ses Calaveras, Bartabas place le spectateur quasiment au centre de son cirque, ce formidable lieu lui permet de nous submerger littéralement de son imaginaire.

Dès l’arrivée les spectateurs sont accueillis dans un lieu imprégné de cette atmosphère unique propre à Zingaro. Les lumières sont tamisées, l’odeur des chevaux est présente, nous marchons sur un sol meuble et inhabituel nous emmenant vers l’arène. Chacun tente de regarder vers le bas, sûr d’apercevoir l’ombre d’un cheval voire le Maître des lieux, déjà comme un fantôme. Assis sur les gradins, les lumières s’éteignent et l’on peut ressentir une impatience bienveillante autour de la scène.

Tout commence dans l’obscurité et le silence. Puis des sons étranges et puissants, évocateurs du mystère et de la dramaturgie de la mort annoncent le spectacle qui débute par un carrousel de chevaux tournoyant sur la partie haute de la scène, dans le dos des spectateurs. Les tableaux s’enchaînent, tantôt féériques, tantôt drôles et morbides, aussi bien au centre du cirque qu’au dessus des gradins. Les décors, masques et costumes, très réussis, sont tous issus de l’imagerie propre à la « Fête des morts » mexicaine oscillant entre la mort, l’enfance et le jouet, tels des squelettes découpés dans le papier. Bartabas s’offre même la liberté de nous livrer le Baron Samedi version calaveras comme Maître de cérémonie.

Nous en oublions presque les prouesses renouvelées de cette troupe tant les moments poétiques ou drolatiques sont forts et imaginatifs. Bartabas use de toutes les ficelles avec brio et panache, tout y est, l’humour de répétition fonctionne à coup sûr, d’ailleurs les rires des enfants présents ne laissent aucun doute à ce sujet, pas plus que ceux de leurs parents.

Les tableaux sont soutenus et emmenés aux rythmes de quatre musiciens dont deux magnifiques chinchineros, Pepa et Luis Toledo, véritables hommes-orchestres chiliens qui nous offrent un époustouflant jeu de scène jouissif et enivrant, frôlant parfois la transe, sur scène et dans les gradins.

Bartabas nous prend par la main et emmène peu à peu l’ensemble du public dans son imaginaire peuplé de squelettes, passant de la « Calavera Garbancera » au bandit révolutionnaire Zapatiesque tirant sur tout ce qui bouge. Hilarant. L’utilisation de filins permet aux cavaliers-acteurs de voler dans les airs, soit telle une petite fée légère et gracieuse, soit tel un aigle fonçant sur le public, se jouant de la gravité et comme flottant sur les flancs de chevaux d’une rare beauté. Les chevaux dans ce spectacle jouent eux pour une fois le rôle de passeurs entre les mondes, seuls êtres incarnés des différents tableaux. Incarnation de la chair et de la vie.

Et comment ne pas parler de ce lieu magique, îlot d’Aubervilliers ? Là aussi Bartabas a imposé sa magie aux personnes venant le découvrir. Passé les portes de Zingaro, nous voilà plongés dans un autre monde, celui de Bartabas, artiste absolu et généreux, sans compromis mais tolérant. Les spectateurs déambulent dans un grand bâtiment en bois en forme de chapiteau et faisant office de restaurant, de bar, de lieu de rencontre et de musée décoré par les accessoires et les décors de ses derniers spectacles. Les aficionados se remémorent les précédents spectacles, les autres découvrent, mais tous avec les mêmes yeux émerveillés. Quelque chose qui fait penser à l’univers d’Ariane Mnouchkine, de ces artistes qui n’imposent rien, qui ne démontrent pas mais qui vous invitent simplement à entrer dans leur univers. La fin du spectacle, bien au delà de la scène, à l’extérieur, permet aux spectateurs de garder encore ouverts leurs yeux étoilés face à un grand feu de bois purificateur. De quoi finir en beauté cette fête des morts.

Pierre Salles

Calacas – Théâtre équestre Zingaro – 176 avenue Jean Jaurès – 93300 Aubervilliers / du mardi au samedi à 20h30 (sauf jeudi) – dimanche à 17h30 (relâche lundi et jeudi et le 25 décembre 2012).

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