« TOUT MON AMOUR » : PLONGÉE HAPPANTE DANS LA TRAGÉDIE INTIME

tout mon amour

Tout mon amour / collectif Les Possédés / mes Rodolphe Dana / Théâtre de la Colline / Jusqu’au 21 décembre 2012.

Grâce à une mise en scène et un mode de création libres, Rodolphe Dana signe une exploration impactante du drame familial et donne intensément vie à la première pièce écrite par Laurent Mauvignier.

Sur ce grand plateau blanc tout en ouverture, la vaisselle de porcelaine est à l’image de ceux qui la mettent dans les cartons : fragile et malmenée. C’est le jour de l’enterrement du grand-père, qui hante cependant les esprits et les lieux. Le jour aussi où, dix ans après sa disparition, une jeune fille revient dans sa famille pour s’y faire reconnaître. Sa seule preuve, une boîte contenant ses vêtements et objets de l’époque, ne suffit pas à convaincre la mère. Disparition des vivants, retour de ceux qu’on croyait morts, refus du réel : « Tout mon amour » infiltre l’envers du drame. Sans oublier l’humour et l’absurde auquel les situations extrêmes n’échappent jamais.

C’est à travers les témoignages de chaque membre de la famille que l’on rentre dans cette intimité du trauma collectif. Les confidences se livrent sur une scène qui abolit le quatrième mur, assumant d’impliquer le public comme partie prenante. Un choix où Rodolphe Dana rejoint l’« ici et maintenant » cher au travail de Laurent Mauvignier. Le mécanisme du fait divers est inversé, instantanément pénétré de l’intérieur, démystifié grâce à une parole libérée sous nos yeux, et lourde de violence après tant de silence.

Le piège tendu par ces thématiques est finement évité par des comédiens qui refusent en permanence le pathos. La création de la pièce s’est faite en résidence avec le collectif Les Possédés, à partir d’improvisations où jeu et texte se sont réciproquement nourris et modifiés. De ce processus est née une interprétation le plus souvent saisissante, la faille venant seulement d’une mise à distance qui apparaît parfois, comme suscitée par la crainte d’en faire trop.

Cet infime doute des Possédés n’amoindrit pas la force d’un texte sensible et d’une mise en scène qui aimante le spectateur, faisant de « Tout mon amour » une création vibrante.

Aude Maireau

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